ALIMENTATION
Jean Ziegler : « Les spéculateurs devraient être jugés pour crime contre l’humanité »
PAR ELODIE BÉCU (19 DÉCEMBRE 2011)
Les ressources de la planète peuvent nourrir 12 milliards d’humains, mais la spéculation et la mainmise des multinationales sur les matières premières créent une pénurie. Conséquence : chaque être humain qui meurt de faim est assassiné, affirme Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il dénonce cette « destruction massive » par les marchés financiers. Des mécanismes construits par l’homme, et que l’homme peut renverser. Entretien.
Basta ! : Craignez-vous que la crise financière amplifie celle de la faim dans le monde ?
Jean Ziegler : Tous les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Près d’un milliard d’humains sur les 7 milliards que compte la planète souffrent de sous-alimentation. La pyramide des martyrs augmente. À cette faim structurelle, s’ajoute un phénomène conjoncturel : les brusques famines provoquées par une catastrophe climatique – comme en Afrique orientale, où 12 millions de personnes sont au bord de la destruction – ou par la guerre comme au Darfour. En raison de la crise financière, les ressources du Programme alimentaire mondial (PAM), chargé de l’aide d’urgence, ont diminué de moitié, passant de 6 milliards de dollars à 2,8 milliards. Les pays industrialisés ne paient plus leurs cotisations car il faut sauver la Grèce, l’Italie et les banques françaises. Une coupe budgétaire qui a un impact direct sur les plus démunis. Dans la corne de l’Afrique, le PAM est contraint de refuser l’entrée de ses centres de nutrition thérapeutique à des centaines de familles affamées qui retournent dans la savane vers une mort presque certaine.
Et les financiers continuent de spéculer sur les marchés alimentaires. Les prix des trois aliments de base, maïs, blé et riz – qui couvrent 75 % de la consommation mondiale – ont littéralement explosé. La hausse des prix étrangle les 1,7 milliard d’humains extrêmement pauvres vivant dans les bidonvilles de la planète, qui doivent assurer le minimum vital avec moins de 1,25 dollar par jour. Les spéculateurs boursiers qui ont ruiné les économies occidentales par appât du gain et avidité folle devraient être traduits devant un tribunal de Nuremberg pour crime contre l’humanité.
Les ressources de la planète suffisent à nourrir l’humanité. La malnutrition est-elle seulement une question de répartition ?
Le rapport annuel de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que l’agriculture mondiale pourrait aujourd’hui nourrir normalement 12 milliards d’humains [1], presque le double de l’humanité. Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’y a plus aucune fatalité, aucun manque objectif. La planète croule sous la richesse. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Il n’est pas la victime d’une « loi de la nature » !
Au-delà de la spéculation, quelles sont les autres causes de la faim dans le monde ?
Tous les mécanismes qui tuent sont faits de main d’homme. La fabrication d’agrocarburants brûle des millions de tonnes de maïs aux États-Unis. L’océan vert de la canne à sucre au Brésil mange des millions d’hectares de terres arables. Pour remplir un réservoir de 50 litres de bioéthanol, vous devez brûler 352 kg de maïs. Au Mexique ou au Mali, où c’est l’aliment de base, un enfant vit une année avec cette quantité de maïs. Il faut agir face au réchauffement climatique, mais la solution ne passe pas par les agrocarburants ! Il faut faire des économies d’énergies, utiliser l’éolien, le solaire, encourager les transports publics.
Autre élément : le dumping agricole biaise les marchés alimentaires dans les pays africains. L’Union européenne subventionne l’exportation de sa production agricole. En Afrique, vous pouvez acheter sur n’importe quel étal des fruits, des légumes, du poulet venant d’Europe à quasiment la moitié du prix du produit africain équivalent. Et quelques kilomètres plus loin, le paysan et sa famille travaillent dix heures par jour sous un soleil brûlant sans avoir la moindre chance de réunir le minimum vital.
Et la dette extérieure des pays les plus pauvres les pénalise. Aucun gouvernement ne peut dégager le minimum de capital à investir dans l’agriculture, alors que ces États ont un besoin crucial d’améliorer leur productivité. En Afrique, il y a peu d’animaux de traction, pas d’engrais, pas de semences sélectionnées, pas assez d’irrigation.
Enfin, le marché agricole mondial est dominé par une dizaine de sociétés transcontinentales extrêmement puissantes, qui décident chaque jour de qui va vivre et mourir. La stratégie de libéralisation et de privatisation du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a ouvert la porte des pays du Sud aux multinationales. La multinationale Cargill a contrôlé l’an dernier 26,8 % de tout le blé commercialisé dans le monde, Louis Dreyfus gère 31 % de tout le commerce du riz. Ils contrôlent les prix. La situation est la même pour les intrants : Monsanto et Syngenta dominent le marché mondial – donc la productivité des paysans.
Que faire face à cette situation ?
Ces mécanismes, faits de main d’homme, peuvent être changés par les hommes. Mon livre, Destruction massive, Géopolitique de la faim, malgré son titre alarmant, est un message d’espoir. La France est une grande et puissante démocratie, comme la plupart des États dominateurs d’Europe et d’Occident. Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. Nous avons toutes les armes constitutionnelles en main – mobilisation populaire, vote, grève générale – pour forcer le ministre de l’Agriculture à voter pour l’abolition du dumping agricole à Bruxelles. Le ministre des Finances peut se prononcer au FMI pour le désendettement total et immédiat des pays les plus pauvres de la planète.
La crise de la dette européenne rend cette position plus difficile à envisager…
Elle complique la situation. Mais la taxe Tobin, quand elle a été proposée par Attac il y a quinze ans, était qualifiée d’irréaliste. Aujourd’hui, elle est discutée par le G20 ! Les organisations internationales sont obligées de constater la misère explosive créée par la hausse des prix des matières premières. Un chemin se dessine. Nous avons un impératif catégorique moral – au-delà des partis, des idéologies, des institutions, des syndicats : l’éveil des consciences. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où des enfants meurent de faim alors que la planète croule sous les richesses. Nous ne voulons plus du banditisme bancaire. Nous voulons que l’État à nouveau exprime la volonté du citoyen, et ne soit pas un simple auxiliaire des entreprises multinationales. Ces revendications créent des mouvements dans la société civile.
La crise ne risque-t-elle pas de provoquer une montée du populisme en Europe, plutôt qu’un nécessaire sursaut des consciences ?
La lutte est incertaine. Le chômage et la peur du lendemain sont les terreaux du fascisme. Mais il y a une formidable espérance à la « périphérie », comme le montrent les insurrections paysannes pour la récupération des terres que les multinationales se sont appropriées au nord du Brésil et du Sénégal, au Honduras ou en Indonésie. Si nous arrivions à faire la jonction, à créer un front de solidarité entre ceux qui luttent à l’intérieur du cerveau de ces monstres froids et ceux qui souffrent à la périphérie, alors l’ordre cannibale du monde serait abattu. J’ai d’autant plus d’espoir que l’écart entre Sud et Nord se réduit, parce que la jungle avance. La violence nue du capital était jusqu’ici amortie au Nord, par les lois, une certaine décence, la négociation entre syndicats et représentants patronaux. Aujourd’hui, elle frappe ici les populations humbles. Il faut montrer la voie de l’insurrection et de la révolte.
Propos recueillis par Élodie Bécu
À lire : Jean Ziegler, Destruction massive : Géopolitique de la faim, 2011, Éditions du Seuil, 352 pages, 20 euros.
Notes
[1] Selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé : 2 200 calories par individu et par jour.
Je vais poster ici quelques articles politiques pris ca et la sur le web pour montrer ce qui me choque ou ce qui me parait etre un danger. Juste pour etre vigilant et ne pas oublier. "Celui qui vend un peu de liberté pour un peu de securité ne merite ni l un ni l'autre"
mercredi 18 avril 2012
jeudi 22 mars 2012
Nicolas Sarkozy annonce un délit pénal de visite de sites internet !
Le drame de l'affaire Mohamed Merah va-t-elle justifier l'injustifiable ? Dans une déclaration à la mi-journée jeudi, le président Nicolas Sarkozy a annoncé que le fait de visiter des sites internet promouvant une idéologie terroriste sera un délit pénal. Ce qui suppose de surveiller tout ce que font les internautes de leur connexion à internet.
L'émotion peut-elle tout justifier ? Jeudi matin, après l'intervention du RAID qui a abouti au décès du terroriste Mohamed Merah, le président Nicolas Sarkozy a prononcé un discours solennel dans lequel il a annoncé une série de mesures pour renforcer la lutte contre le terrorisme. Parmi ces mesures, le chef de l'Etat annonce que sera créé un délit pénal visant à sanctionner la visite fréquente de sites faisant l'apologie du terrorisme ou répandant une certaine forme d'idéologie.
"Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme, ou véhiculant des appels à la haine ou à la violence, sera puni pénalement", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Une telle loi, si elle est effectivement votée, et à supposer qu'elle soit validée par le Conseil constitutionnel, serait totalement inacceptable. Elle suppose que l'on observe ce que font les internautes de leur connexion à internet de la façon la plus précise, en regardant tous les sites internet qu'ils visites et à quelle fréquence. Soit directement en regardant ce que fait chaque internaute individuellement, soit en demandant aux fournisseurs d'accès à internet de signaler ceux de leurs clients qui demandent à accéder régulièrement à certaines adresses IP reconnues pour héberger les sites concernés.
Jamais une démocratie n'a fait adopter ce type de loi. Et il faudra la combattre si elle voit le jour. Car la France, alors, ne serait plus une démocratie, mais un régime autoritaire.
Elle ne sera plus placée "sous surveillance", ce qui est déjà trop, mais bien parmi les pays ennemis d'internet et de la liberté d'expression.
L'émotion peut-elle tout justifier ? Jeudi matin, après l'intervention du RAID qui a abouti au décès du terroriste Mohamed Merah, le président Nicolas Sarkozy a prononcé un discours solennel dans lequel il a annoncé une série de mesures pour renforcer la lutte contre le terrorisme. Parmi ces mesures, le chef de l'Etat annonce que sera créé un délit pénal visant à sanctionner la visite fréquente de sites faisant l'apologie du terrorisme ou répandant une certaine forme d'idéologie.
"Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme, ou véhiculant des appels à la haine ou à la violence, sera puni pénalement", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Une telle loi, si elle est effectivement votée, et à supposer qu'elle soit validée par le Conseil constitutionnel, serait totalement inacceptable. Elle suppose que l'on observe ce que font les internautes de leur connexion à internet de la façon la plus précise, en regardant tous les sites internet qu'ils visites et à quelle fréquence. Soit directement en regardant ce que fait chaque internaute individuellement, soit en demandant aux fournisseurs d'accès à internet de signaler ceux de leurs clients qui demandent à accéder régulièrement à certaines adresses IP reconnues pour héberger les sites concernés.
Jamais une démocratie n'a fait adopter ce type de loi. Et il faudra la combattre si elle voit le jour. Car la France, alors, ne serait plus une démocratie, mais un régime autoritaire.
Elle ne sera plus placée "sous surveillance", ce qui est déjà trop, mais bien parmi les pays ennemis d'internet et de la liberté d'expression.
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mercredi 14 mars 2012
ACTA : les socialistes européens refusent la saisine de la CJUE
Le groupe parlementaire S&D, fort de 190 eurodéputés, a rejeté mardi soir la proposition de son rapporteur David Martin. Celui-ci suggère de faire saisir la Cour de justice de l'Union européenne par le Parlement européen afin qu'il se penche sur l'ACTA. Or, cette manœuvre n'aurait pour seul but que de favoriser la position des partisans de l'accord commercial anti-contrefaçon.
Les socialistes européens ont tranché. Lors d'un vote organisé mardi soir, le groupe S&D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) a refusé la proposition de David Martin, rapporteur d'ACTA au Parlement européen, de saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Le groupe S&D est la deuxième force politique du Parlement, avec 190 élus (environ 25 % des sièges).
Sur Twitter, l'eurodéputée Françoise Castex a expliqué que 96 parlementaires ont participé au vote et que 59 d'entre eux ont voté contre. À noter qu'il s'agit là d'un camouflet pour David Martin, celui-ci étant également membre du groupe S&D. Il reste toutefois à connaître la position groupe PPE (Parti populaire européen), qui demeure la principale force au sein du Parlement européen (271 élus).
La position du groupe S&D concernant la proposition de David Martin fait notamment suite à la mise en garde de la Quadrature du Net, qui craint qu'une saisine de la CJUE ne soit en réalité qu'une basse manœuvre destinée d'une part à retarder d'un an ou deux le vote des parlementaires européens sur l'ACTA et d'autre part à détourner l'attention médiatique afin de favoriser le camp en faveur du traité international.
D'après l'initiative citoyenne, cette saisine bloquerait tout le débat sur l'ACTA puisqu'il faudrait attendre la décision finale de la CJUE. Cette tactique ne vise qu'à bâillonner le Parlement et affaiblir l'opposition, a prévenu le porte-parole de l'association. Cette dernière a d'ailleurs mis en place un dispositif particulier pour inciter les citoyens à contacter les élus pour leur demander de faire front.
Les socialistes européens ont tranché. Lors d'un vote organisé mardi soir, le groupe S&D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) a refusé la proposition de David Martin, rapporteur d'ACTA au Parlement européen, de saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Le groupe S&D est la deuxième force politique du Parlement, avec 190 élus (environ 25 % des sièges).
Sur Twitter, l'eurodéputée Françoise Castex a expliqué que 96 parlementaires ont participé au vote et que 59 d'entre eux ont voté contre. À noter qu'il s'agit là d'un camouflet pour David Martin, celui-ci étant également membre du groupe S&D. Il reste toutefois à connaître la position groupe PPE (Parti populaire européen), qui demeure la principale force au sein du Parlement européen (271 élus).
La position du groupe S&D concernant la proposition de David Martin fait notamment suite à la mise en garde de la Quadrature du Net, qui craint qu'une saisine de la CJUE ne soit en réalité qu'une basse manœuvre destinée d'une part à retarder d'un an ou deux le vote des parlementaires européens sur l'ACTA et d'autre part à détourner l'attention médiatique afin de favoriser le camp en faveur du traité international.
D'après l'initiative citoyenne, cette saisine bloquerait tout le débat sur l'ACTA puisqu'il faudrait attendre la décision finale de la CJUE. Cette tactique ne vise qu'à bâillonner le Parlement et affaiblir l'opposition, a prévenu le porte-parole de l'association. Cette dernière a d'ailleurs mis en place un dispositif particulier pour inciter les citoyens à contacter les élus pour leur demander de faire front.
mardi 29 novembre 2011
Mineurs délinquants : l'UMP veut sanctionner dès 12 ans
Publié le 29.11.2011, 07h58 | Mise à jour : 08h43
L'UMP propose de créer un code pénal pour les mineurs et de sanctionner les jeunes délinquants dès l'âge de 12 ans - contre 13 aujourd'hui - par des "travaux de réparation", conditionnés à l'accord des parents. | Pierre Verdy
Réagir L'UMP lance un pavé dans la mare en proposant de créer un code pénal pour les mineurs, mais aussi de sanctionner les jeunes délinquants dès l'âge de 12 ans - contre 13 ans aujourd'hui - par des «travaux de réparation», conditionnés à l'accord des parents.
SUR LE MÊME SUJET
CHRONOLOGIE. Ces faits divers qui provoquent des loisL'UMP veut un code pénal pour les mineurs, avec des sanctions dès 12 ansAgnès: face à l'émoi, le gouvernement cible la récidive et veut légiférerComment éviter de tels dramesAgnès: le gouvernement a présenté de nouvelles mesures anti-récidive
Une semaine après avoir dévoilé le volet économique et social de son projet pour 2012 (fin des 35 heures, fiscalité «anti-délocalisation»...), le parti majoritaire, qui entend alimenter le programme du futur candidat Nicolas Sarkozy, dévoile mardi après-midi, lors d'une convention à Villeurbanne, près de Lyon, ses propositions dans les domaines de la justice, de l'éducation, de l'immigration ou encore de la laïcité.
Si ce document de 10 pages fait la part belle à l'éducation, désignée «première priorité du quinquennat» à venir (plus d'autonomie pour les chefs d'établissements, plus de présence des enseignants, fin du collège unique), ce sont les mesures sur la justice qui devraient marquer les esprits.
Un projet finalisé par Rachida Dati au ministère de la Justice
Quelques jours après le meurtre de la jeune Agnès par un lycéen récidiviste dans un internat de Haute-Loire, l'UMP se prononce pour «l'élaboration d'un code pénal spécifique pour les mineurs» afin, explique le document, d'affronter les «nouveaux phénomènes de délinquance» et de «lutter contre le sentiment d'impunité». Le parti reprend là un projet finalisé par Rachida Dati juste avant son départ du ministère de la Justice en 2009, mais resté lettre morte. «C'est très bien, on se rend compte de la réalité de mineurs de plus en plus violents et de plus en plus jeunes», s'est réjouie l'ex-Garde des Sceaux.
La semaine dernière, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, avait lui aussi plaidé pour un tel code pénal des mineurs, «un travail pour après les élections» de 2012. En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy avait déjà promis de réformer l’ordonnance du 2 février 1945, texte de référence en la matière. L'UMP veut «rendre possible les travaux de réparation des actes commis dès 12 ans, avec l'autorisation des parents». Ses propositions ne vont pas jusqu'à proposer formellement d'abaisser de 13 à 12 ans l'âge de la responsabilité pénale et donc de l'incarcération, ni soutenir l'abaissement à 16 ans de la majorité pénale voulu par le député-maire de Nice, Christian Estrosi. Preuve que le sujet est explosif, le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, s'est montré prudent lundi soir sur France 3 en indiquant qu'il s'agissait d'une «piste».
Deux lignes seulement sur le droit de vote des étrangers
L'UMP veut par ailleurs supprimer les réductions de peines automatiques et interdire la libération conditionnelle tant que les deux tiers de la peine ne sont pas purgés. Dans l'idée de «renforcer le pacte républicain», le parti reprend aussi une proposition de la Droite populaire, son aile droite : tout enfant né en France de parents étrangers et souhaitant devenir français à sa majorité devra, entre 16 et 18 ans, en faire explicitement la demande.
Plus étonnant, le document ne consacre que deux lignes au droit de vote et d'éligibilité des étrangers hors UE aux élections locales, alors que l'UMP a promis de faire son cheval du refus de cette mesure prônée par la gauche. Lundi, un sondage BVA pour Le Parisien-Aujourd'hui en France indiquait que 61% des Français étaient favorables à ce droit de vote, tout comme une part importante de sympathisants UMP (43%).
LeParisien.fr
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Un projet finalisé par Rachida Dati au ministère de la Justice
Quelques jours après le meurtre de la jeune Agnès par un lycéen récidiviste dans un internat de Haute-Loire, l'UMP se prononce pour «l'élaboration d'un code pénal spécifique pour les mineurs» afin, explique le document, d'affronter les «nouveaux phénomènes de délinquance» et de «lutter contre le sentiment d'impunité». Le parti reprend là un projet finalisé par Rachida Dati juste avant son départ du ministère de la Justice en 2009, mais resté lettre morte. «C'est très bien, on se rend compte de la réalité de mineurs de plus en plus violents et de plus en plus jeunes», s'est réjouie l'ex-Garde des Sceaux.
La semaine dernière, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, avait lui aussi plaidé pour un tel code pénal des mineurs, «un travail pour après les élections» de 2012. En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy avait déjà promis de réformer l’ordonnance du 2 février 1945, texte de référence en la matière. L'UMP veut «rendre possible les travaux de réparation des actes commis dès 12 ans, avec l'autorisation des parents». Ses propositions ne vont pas jusqu'à proposer formellement d'abaisser de 13 à 12 ans l'âge de la responsabilité pénale et donc de l'incarcération, ni soutenir l'abaissement à 16 ans de la majorité pénale voulu par le député-maire de Nice, Christian Estrosi. Preuve que le sujet est explosif, le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, s'est montré prudent lundi soir sur France 3 en indiquant qu'il s'agissait d'une «piste».
Deux lignes seulement sur le droit de vote des étrangers
L'UMP veut par ailleurs supprimer les réductions de peines automatiques et interdire la libération conditionnelle tant que les deux tiers de la peine ne sont pas purgés. Dans l'idée de «renforcer le pacte républicain», le parti reprend aussi une proposition de la Droite populaire, son aile droite : tout enfant né en France de parents étrangers et souhaitant devenir français à sa majorité devra, entre 16 et 18 ans, en faire explicitement la demande.
Plus étonnant, le document ne consacre que deux lignes au droit de vote et d'éligibilité des étrangers hors UE aux élections locales, alors que l'UMP a promis de faire son cheval du refus de cette mesure prônée par la gauche. Lundi, un sondage BVA pour Le Parisien-Aujourd'hui en France indiquait que 61% des Français étaient favorables à ce droit de vote, tout comme une part importante de sympathisants UMP (43%).
LeParisien.fr
lundi 24 octobre 2011
Désarmer les marchés
Par IGNACIO RAMONET
Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008.
LE typhon sur les Bourses d’Asie menace le reste du monde. La mondialisation du capital financier est en train de mettre les peuples en état d’insécurité généralisée. Elle contourne et rabaisse les nations et leurs Etats en tant que lieux pertinents de l’exercice de la démocratie et garants du bien commun.
La mondialisation financière a d’ailleurs créé son propre Etat. Un Etat supranational, disposant de ses appareils, de ses réseaux d’influence et de ses moyens d’action propres. Il s’agit de la constellation Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces quatre institutions parlent d’une seule voix - répercutée par la quasi- totalité des grands médias - pour exalter les « vertus du marché ».
Cet Etat mondial est un pouvoir sans société, ce rôle étant tenu par les marchés financiers et les entreprises géantes dont il est le mandataire, avec, comme conséquence, que les sociétés réellement existantes, elles, sont des sociétés sans pouvoir (1). Et cela ne cesse de s’aggraver. (Lire, pages 12 à 15, notre dossier sur la crise financière actuelle.)
Succédant au GATT, l’OMC est ainsi devenue, depuis 1995, une institution dotée de pouvoirs supranationaux et placée hors de tout contrôle de la démocratie parlementaire. Une fois saisie, elle peut déclarer les législations nationales, en matière de droit du travail, d’environnement ou de santé publique, « contraires à la liberté du commerce » et en demander l’abrogation (2). Par ailleurs, depuis mai 1995, au sein de l’OCDE, et à l’écart des opinions publiques, se négocie le très important Accord multilatéral sur les investissements (AMI), qui devrait être signé en 1998, et qui vise à donner les pleins pouvoirs aux investisseurs face aux gouvernements.
Le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique majeur si l’on veut éviter que le monde du siècle à venir ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront la loi.
Quotidiennement, quelque 1 500 milliards de dollars font de multiples allers et retours, spéculant sur des variations du cours des devises. Cette instabilité des changes est l’une des causes de la hausse des intérêts réels, qui freine la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Elle creuse les déficits publics et, par ailleurs, incite les fonds de pension, qui manient des centaines de milliards de dollars, à réclamer aux entreprises des dividendes de plus en plus élevés. Les premières victimes de cette « traque » du profit sont les salariés, dont les licenciements massifs font bondir la cotation boursière de leurs ex- employeurs. Les sociétés peuvent-elles longtemps tolérer l’intolérable ? Il y a urgence à jeter des grains de sable dans ces mouvements de capitaux dévastateurs. De trois façons : suppression des « paradis fiscaux » ; augmentation de la fiscalité des revenus du capital ; taxation des transactions financières.
LES paradis fiscaux sont autant de zones où règne le secret bancaire, qui ne sert qu’à camoufler des malversations et d’autres activités mafieuses. Des milliards de dollars sont ainsi soustraits à toute fiscalité, au bénéfice des puissants et des établissements financiers. Car toutes les grandes banques de la planète ont des succursales dans les paradis fiscaux et en tirent grand profit. Pourquoi ne pas décréter un boycottage financier, par exemple, de Gibraltar, des îles Caïmans ou du Liechtenstein, par l’interdiction faite aux banques travaillant avec les pouvoirs publics d’y ouvrir des filiales ?
La taxation des revenus financiers est une exigence démocratique minimale. Ces revenus devraient être taxés exactement au même taux que les revenus du travail. Ce n’est le cas nulle part, en particulier dans l’Union européenne.
La liberté totale de circulation des capitaux déstabilise la démocratie. C’est pourquoi il importe de mettre en place des mécanismes dissuasifs. L’un d’entre eux est la taxe Tobin, du nom du Prix Nobel américain d’économie qui la proposa dès 1972. Il s’agit de taxer, de manière modique, toutes les transactions sur les marchés des changes pour les stabiliser et, par la même occasion, pour procurer des recettes à la communauté internationale. Au taux de 0,1 %, la taxe Tobin procurerait, par an, quelque 166 milliards de dollars, deux fois plus que la somme annuelle nécessaire pour éradiquer la pauvreté extrême d’ici au début du siècle (3).
De nombreux experts ont montré que la mise en oeuvre de cette taxe ne présente aucune difficulté technique (4). Son application ruinerait le credo libéral de tous ceux qui ne cessent d’évoquer l’absence de solution de rechange au système actuel.
Pourquoi ne pas créer, à l’échelle planétaire, l’organisation non gouvernementale Action pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens (Attac) ? En liaison avec les syndicats et les associations à finalité culturelle, sociale ou écologique, elle pourrait agir comme un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements pour les pousser à réclamer, enfin, la mise en oeuvre effective de cet impôt mondial de solidarité.
(1) Lire André Gorz, Misères du présent, richesse de l’avenir, Galilée, Paris, 1997 ; ainsi que la communication de Bernard Cassen au colloque « La social-démocratie à l’heure de la mondialisation », organisé par le Parti québécois (PQ), à Québec, les 27 et 28 septembre 1997. Par ailleurs, le Groupe de Lisbonne, présidé par Riccardo Petrella, va prochainement publier aux éditions Labor, à Bruxelles, une étude intitulée Le Désarmement financier.
(2) Cf. François Chesnais, La Mondialisation du capital, Syros, Paris, 1997 (nouvelle édition augmentée).
(3) Rapport sur le développement humain 1997, Economica, Paris, 1997.
(4) Cf. Mahbub Ul Haq, Inge Kaul, Isabelle Grunberg, The Tobin Tax : Coping with Financial Volatility, Oxford University Press, Oxford, 1996. Lire Le Monde diplomatique, février 1997.
Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008.
LE typhon sur les Bourses d’Asie menace le reste du monde. La mondialisation du capital financier est en train de mettre les peuples en état d’insécurité généralisée. Elle contourne et rabaisse les nations et leurs Etats en tant que lieux pertinents de l’exercice de la démocratie et garants du bien commun.
La mondialisation financière a d’ailleurs créé son propre Etat. Un Etat supranational, disposant de ses appareils, de ses réseaux d’influence et de ses moyens d’action propres. Il s’agit de la constellation Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces quatre institutions parlent d’une seule voix - répercutée par la quasi- totalité des grands médias - pour exalter les « vertus du marché ».
Cet Etat mondial est un pouvoir sans société, ce rôle étant tenu par les marchés financiers et les entreprises géantes dont il est le mandataire, avec, comme conséquence, que les sociétés réellement existantes, elles, sont des sociétés sans pouvoir (1). Et cela ne cesse de s’aggraver. (Lire, pages 12 à 15, notre dossier sur la crise financière actuelle.)
Succédant au GATT, l’OMC est ainsi devenue, depuis 1995, une institution dotée de pouvoirs supranationaux et placée hors de tout contrôle de la démocratie parlementaire. Une fois saisie, elle peut déclarer les législations nationales, en matière de droit du travail, d’environnement ou de santé publique, « contraires à la liberté du commerce » et en demander l’abrogation (2). Par ailleurs, depuis mai 1995, au sein de l’OCDE, et à l’écart des opinions publiques, se négocie le très important Accord multilatéral sur les investissements (AMI), qui devrait être signé en 1998, et qui vise à donner les pleins pouvoirs aux investisseurs face aux gouvernements.
Le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique majeur si l’on veut éviter que le monde du siècle à venir ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront la loi.
Quotidiennement, quelque 1 500 milliards de dollars font de multiples allers et retours, spéculant sur des variations du cours des devises. Cette instabilité des changes est l’une des causes de la hausse des intérêts réels, qui freine la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Elle creuse les déficits publics et, par ailleurs, incite les fonds de pension, qui manient des centaines de milliards de dollars, à réclamer aux entreprises des dividendes de plus en plus élevés. Les premières victimes de cette « traque » du profit sont les salariés, dont les licenciements massifs font bondir la cotation boursière de leurs ex- employeurs. Les sociétés peuvent-elles longtemps tolérer l’intolérable ? Il y a urgence à jeter des grains de sable dans ces mouvements de capitaux dévastateurs. De trois façons : suppression des « paradis fiscaux » ; augmentation de la fiscalité des revenus du capital ; taxation des transactions financières.
LES paradis fiscaux sont autant de zones où règne le secret bancaire, qui ne sert qu’à camoufler des malversations et d’autres activités mafieuses. Des milliards de dollars sont ainsi soustraits à toute fiscalité, au bénéfice des puissants et des établissements financiers. Car toutes les grandes banques de la planète ont des succursales dans les paradis fiscaux et en tirent grand profit. Pourquoi ne pas décréter un boycottage financier, par exemple, de Gibraltar, des îles Caïmans ou du Liechtenstein, par l’interdiction faite aux banques travaillant avec les pouvoirs publics d’y ouvrir des filiales ?
La taxation des revenus financiers est une exigence démocratique minimale. Ces revenus devraient être taxés exactement au même taux que les revenus du travail. Ce n’est le cas nulle part, en particulier dans l’Union européenne.
La liberté totale de circulation des capitaux déstabilise la démocratie. C’est pourquoi il importe de mettre en place des mécanismes dissuasifs. L’un d’entre eux est la taxe Tobin, du nom du Prix Nobel américain d’économie qui la proposa dès 1972. Il s’agit de taxer, de manière modique, toutes les transactions sur les marchés des changes pour les stabiliser et, par la même occasion, pour procurer des recettes à la communauté internationale. Au taux de 0,1 %, la taxe Tobin procurerait, par an, quelque 166 milliards de dollars, deux fois plus que la somme annuelle nécessaire pour éradiquer la pauvreté extrême d’ici au début du siècle (3).
De nombreux experts ont montré que la mise en oeuvre de cette taxe ne présente aucune difficulté technique (4). Son application ruinerait le credo libéral de tous ceux qui ne cessent d’évoquer l’absence de solution de rechange au système actuel.
Pourquoi ne pas créer, à l’échelle planétaire, l’organisation non gouvernementale Action pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens (Attac) ? En liaison avec les syndicats et les associations à finalité culturelle, sociale ou écologique, elle pourrait agir comme un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements pour les pousser à réclamer, enfin, la mise en oeuvre effective de cet impôt mondial de solidarité.
(1) Lire André Gorz, Misères du présent, richesse de l’avenir, Galilée, Paris, 1997 ; ainsi que la communication de Bernard Cassen au colloque « La social-démocratie à l’heure de la mondialisation », organisé par le Parti québécois (PQ), à Québec, les 27 et 28 septembre 1997. Par ailleurs, le Groupe de Lisbonne, présidé par Riccardo Petrella, va prochainement publier aux éditions Labor, à Bruxelles, une étude intitulée Le Désarmement financier.
(2) Cf. François Chesnais, La Mondialisation du capital, Syros, Paris, 1997 (nouvelle édition augmentée).
(3) Rapport sur le développement humain 1997, Economica, Paris, 1997.
(4) Cf. Mahbub Ul Haq, Inge Kaul, Isabelle Grunberg, The Tobin Tax : Coping with Financial Volatility, Oxford University Press, Oxford, 1996. Lire Le Monde diplomatique, février 1997.
samedi 15 octobre 2011
Les "indignés" se mobilisent à travers le monde
samedi 15 octobre 2011 09h34 Imprimer cet article [-] Texte [+]
par Michel Rose
MILAN (Reuters) - Les "indignés" manifestent ce samedi à travers la planète pour dénoncer le poids de la finance et les politiques d'austérité qui, disent-ils, mènent le monde à la ruine et condamnent une partie de l'humanité à la pauvreté.
Inspirés par les "indignados" précurseurs de Madrid, galvanisés par le mouvement Occupy Wall Street, différents collectifs reliés entre eux par internet appellent à manifester à Londres, Berlin, Francfort, Athènes, Montréal, New York...
Selon le réseau 15october.net, qui recense les appels à manifester, des rassemblements sont prévus dans au moins 951 villes à travers 82 pays.
Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues d'Auckland en Nouvelle-Zélande avant de se rassembler sur une place de la ville où 3.000 participants ont scandé des slogans en tapant sur des tambours.
Quelque 2.000 manifestants, des représentants de la communauté aborigène, des syndicalistes et des militants communistes, se sont réunis à Sydney devant la banque centrale d'Australie tandis que l'on dénombrait 200 protestataires dans la capitale Wellington.
A Melbourne, où était donné le coup d'envoi de cette journée de mobilisation mondiale, un millier de personnes se sont réunies sur une place du centre-ville.
Plusieurs centaines de personnes, dont des militants opposés au nucléaire, ont marché à Tokyo et quelques dizaines se sont rendus devant l'ambassade des Etats-Unis à Manille aux Philippines aux cris de "à bas l'impérialisme américain".
Dans des villes comme Londres ou Athènes, théâtres de récentes émeutes, les forces de police sont sur les dents. D'autant que nul ne peut anticiper l'ampleur de la mobilisation qui s'appuie largement sur les réseaux sociaux.
"Pour nous, le moment est venu de nous unir, pour eux, le moment est venu de nous écouter. Peuples du monde entier, levez-vous !", proclame le site United for #GlobalChange (ensemble pour un changement global).
"Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers qui ne nous représentent pas. Nous allons manifester pacifiquement, débattre et nous organiser jusqu'à obtenir le changement mondial que nous voulons", poursuit cette coordination virtuelle.
CONTRE LE "CAUCHEMAR GREC"
Les organisateurs insistent sur le caractère pacifiste du mouvement de protestation. Vendredi, cependant, un groupe d'étudiants a fait irruption dans le centre financier de Milan dans les locaux de la banque Goldman Sachs, sur laquelle se concentre une large part de la colère des indignés.
"J'attends ce mouvement depuis longtemps, depuis 2008", témoigne Daniel Schreiber, un Berlinois de 28 ans ulcéré par les répercussions du sauvetage des établissements financiers après la faillite de la banque Lehman Brothers.
"Je me demandais pourquoi les gens n'étaient pas indignés, pourquoi rien ne se passait et finalement, trois ans plus tard, cela arrive enfin", ajoute-t-il.
Trois ans après la chute de Lehman Brothers, emporté par l'éclatement de la bulle des crédits "subprime", et après les plans de soutien et de relance financés par la puissance publique, les pays occidentaux, notamment dans la zone euro, vivent désormais au rythme des plans de rigueur et des cures d'austérité.
"Ce qui se passe aujourd'hui en Grèce, c'est le cauchemar qui attend d'autres pays à l'avenir. La solidarité est l'arme des peuples", écrit le groupe Démocratie réelle, qui appelle à manifester samedi dans le centre d'Athènes, sur la place Syntagma.
Le mouvement est parti au printemps d'Espagne, le pays de l'UE au taux de chômage le plus élevé (plus de 20% de la population active, jusqu'à 45% chez les jeunes de 18-25 ans).
L'occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid, a fait des émules à travers l'Europe, à commencer par la Grèce, où le déblocage de l'aide financière de l'UE et du FMI est assorti de conditions d'austérité draconiennes.
Des mouvements semblables se sont développés au Chili ou en Israël. En France, la place de la Bastille à Paris a été quelques temps un centre de ralliement de la contestation.
QUELLE INFLUENCE ?
Aux Etats-Unis, le mot d'ordre Occupy Wall Street a été lancé cet été sur internet par les activistes du collectif Adbusters (littéralement les Casseurs de pub), un groupe créé à Vancouver qui combat le capitalisme et détourne les codes de la société de consommation.
"Nous étions inspirés par ce qui s'était produit en Tunisie et en Egypte. Nous avions le sentiment que l'Amérique était mûre pour vivre son propre Tahrir", explique Kalle Lasn, co-fondateur du groupe, en référence à la place du Caire devenue l'hiver dernier l'épicentre de la contestation contre le régime d'Hosni Moubarak.
"Nous avions le sentiment qu'une indignation véritable montait en Amérique et nous avons voulu produire l'étincelle qui permettrait à cette indignation de s'exprimer", continue-t-il.
Occupy Wall Street appelait à se rassembler autant de temps que nécessaire à partir du 17 septembre. Le mouvement entrera lundi dans son deuxième mois et les protestataires campent toujours dans un village de tentes dressé dans le parc de Zucotti, près du coeur financier de Manhattan.
Spyro, un Britannique de 28 ans très actif dans la préparation du rassemblement prévu samedi à Londres sous la bannière "Occupy the Stock Exchange", résume les raisons de ce mouvement global de colère contre "le système financier".
Les banques, rappelle-t-il, ont été renflouées sur fonds publics, mais les pratiques des bonus et des stock-options sont restées inchangées tandis que les Etats, sous l'oeil des marchés et des agences de notation, engageaient des politiques d'austérité et que le chômage, en particulier chez les jeunes, augmentait. "Partout dans le monde, nous disons que cela suffit", poursuit-il.
D'Athènes à New York, les revendications restent assez générales, elles visent les 1% de la population accusées de concentrer l'essentiel des richesses, elles accusent les gouvernements élus d'être sourds à cette colère.
L'efficacité de cette mobilisation reste à démontrer.
"Il y a plus de sympathisants que de personnes qui manifestent réellement", souligne Mary Bossis, professeur à l'université grecque du Pirée. En dépit des situations de désespoir créées par les mesures d'austérité, ajoute-t-elle, il semble que l'étincelle qui lancerait un mouvement durable fait défaut.
"S'ils se font entendre dans tous les pays tourmentés par les crises économiques et financières, il est difficile de mesurer le poids exact de leurs protestations, leur capacité d'entraînement et l'efficacité de leur révolte sur les choix des gouvernants", écrit Dominique Quinio, du quotidien français La Croix qui consacre un dossier au sujet.
Henri-Pierre André pour le service français
© Thomson Reuters 2011 Tous droits réservés.
par Michel Rose
MILAN (Reuters) - Les "indignés" manifestent ce samedi à travers la planète pour dénoncer le poids de la finance et les politiques d'austérité qui, disent-ils, mènent le monde à la ruine et condamnent une partie de l'humanité à la pauvreté.
Inspirés par les "indignados" précurseurs de Madrid, galvanisés par le mouvement Occupy Wall Street, différents collectifs reliés entre eux par internet appellent à manifester à Londres, Berlin, Francfort, Athènes, Montréal, New York...
Selon le réseau 15october.net, qui recense les appels à manifester, des rassemblements sont prévus dans au moins 951 villes à travers 82 pays.
Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues d'Auckland en Nouvelle-Zélande avant de se rassembler sur une place de la ville où 3.000 participants ont scandé des slogans en tapant sur des tambours.
Quelque 2.000 manifestants, des représentants de la communauté aborigène, des syndicalistes et des militants communistes, se sont réunis à Sydney devant la banque centrale d'Australie tandis que l'on dénombrait 200 protestataires dans la capitale Wellington.
A Melbourne, où était donné le coup d'envoi de cette journée de mobilisation mondiale, un millier de personnes se sont réunies sur une place du centre-ville.
Plusieurs centaines de personnes, dont des militants opposés au nucléaire, ont marché à Tokyo et quelques dizaines se sont rendus devant l'ambassade des Etats-Unis à Manille aux Philippines aux cris de "à bas l'impérialisme américain".
Dans des villes comme Londres ou Athènes, théâtres de récentes émeutes, les forces de police sont sur les dents. D'autant que nul ne peut anticiper l'ampleur de la mobilisation qui s'appuie largement sur les réseaux sociaux.
"Pour nous, le moment est venu de nous unir, pour eux, le moment est venu de nous écouter. Peuples du monde entier, levez-vous !", proclame le site United for #GlobalChange (ensemble pour un changement global).
"Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers qui ne nous représentent pas. Nous allons manifester pacifiquement, débattre et nous organiser jusqu'à obtenir le changement mondial que nous voulons", poursuit cette coordination virtuelle.
CONTRE LE "CAUCHEMAR GREC"
Les organisateurs insistent sur le caractère pacifiste du mouvement de protestation. Vendredi, cependant, un groupe d'étudiants a fait irruption dans le centre financier de Milan dans les locaux de la banque Goldman Sachs, sur laquelle se concentre une large part de la colère des indignés.
"J'attends ce mouvement depuis longtemps, depuis 2008", témoigne Daniel Schreiber, un Berlinois de 28 ans ulcéré par les répercussions du sauvetage des établissements financiers après la faillite de la banque Lehman Brothers.
"Je me demandais pourquoi les gens n'étaient pas indignés, pourquoi rien ne se passait et finalement, trois ans plus tard, cela arrive enfin", ajoute-t-il.
Trois ans après la chute de Lehman Brothers, emporté par l'éclatement de la bulle des crédits "subprime", et après les plans de soutien et de relance financés par la puissance publique, les pays occidentaux, notamment dans la zone euro, vivent désormais au rythme des plans de rigueur et des cures d'austérité.
"Ce qui se passe aujourd'hui en Grèce, c'est le cauchemar qui attend d'autres pays à l'avenir. La solidarité est l'arme des peuples", écrit le groupe Démocratie réelle, qui appelle à manifester samedi dans le centre d'Athènes, sur la place Syntagma.
Le mouvement est parti au printemps d'Espagne, le pays de l'UE au taux de chômage le plus élevé (plus de 20% de la population active, jusqu'à 45% chez les jeunes de 18-25 ans).
L'occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid, a fait des émules à travers l'Europe, à commencer par la Grèce, où le déblocage de l'aide financière de l'UE et du FMI est assorti de conditions d'austérité draconiennes.
Des mouvements semblables se sont développés au Chili ou en Israël. En France, la place de la Bastille à Paris a été quelques temps un centre de ralliement de la contestation.
QUELLE INFLUENCE ?
Aux Etats-Unis, le mot d'ordre Occupy Wall Street a été lancé cet été sur internet par les activistes du collectif Adbusters (littéralement les Casseurs de pub), un groupe créé à Vancouver qui combat le capitalisme et détourne les codes de la société de consommation.
"Nous étions inspirés par ce qui s'était produit en Tunisie et en Egypte. Nous avions le sentiment que l'Amérique était mûre pour vivre son propre Tahrir", explique Kalle Lasn, co-fondateur du groupe, en référence à la place du Caire devenue l'hiver dernier l'épicentre de la contestation contre le régime d'Hosni Moubarak.
"Nous avions le sentiment qu'une indignation véritable montait en Amérique et nous avons voulu produire l'étincelle qui permettrait à cette indignation de s'exprimer", continue-t-il.
Occupy Wall Street appelait à se rassembler autant de temps que nécessaire à partir du 17 septembre. Le mouvement entrera lundi dans son deuxième mois et les protestataires campent toujours dans un village de tentes dressé dans le parc de Zucotti, près du coeur financier de Manhattan.
Spyro, un Britannique de 28 ans très actif dans la préparation du rassemblement prévu samedi à Londres sous la bannière "Occupy the Stock Exchange", résume les raisons de ce mouvement global de colère contre "le système financier".
Les banques, rappelle-t-il, ont été renflouées sur fonds publics, mais les pratiques des bonus et des stock-options sont restées inchangées tandis que les Etats, sous l'oeil des marchés et des agences de notation, engageaient des politiques d'austérité et que le chômage, en particulier chez les jeunes, augmentait. "Partout dans le monde, nous disons que cela suffit", poursuit-il.
D'Athènes à New York, les revendications restent assez générales, elles visent les 1% de la population accusées de concentrer l'essentiel des richesses, elles accusent les gouvernements élus d'être sourds à cette colère.
L'efficacité de cette mobilisation reste à démontrer.
"Il y a plus de sympathisants que de personnes qui manifestent réellement", souligne Mary Bossis, professeur à l'université grecque du Pirée. En dépit des situations de désespoir créées par les mesures d'austérité, ajoute-t-elle, il semble que l'étincelle qui lancerait un mouvement durable fait défaut.
"S'ils se font entendre dans tous les pays tourmentés par les crises économiques et financières, il est difficile de mesurer le poids exact de leurs protestations, leur capacité d'entraînement et l'efficacité de leur révolte sur les choix des gouvernants", écrit Dominique Quinio, du quotidien français La Croix qui consacre un dossier au sujet.
Henri-Pierre André pour le service français
© Thomson Reuters 2011 Tous droits réservés.
jeudi 13 octobre 2011
Le troc au Venezuela - un projet politique
06.10.2011
Le troc au Venezuela - un projet politique
"Patria, Socialismo, trueke, venceremos!"
Au Venezuela, tout est teinté du rouge socialiste. Les slogans socialistes et la figure emblématique du président Chavez sont partout, tagués sur les murs, arborant les péages, sur les panneaux qui nous accueillent à l’entrée des villes, posters dans les bureaux...on a même croisé une petite fille portant un tee-shirt à l’effigie du président. Alors que Chavez est hospitalisé à Cuba, un soir en allumant la télévision, on tombe sur un micro-trottoir où les passants font l’éloge de leur président, entre larmes et déclarations d’amour, Chavez est décidément la star du Venezuela.
Le réseau de troc est bien évidemment lui aussi socialiste, initié par Chavez, soutenu par le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et la Protection Sociale, inscrit dans la Ley organica del Sistema Comunal, et les porte-parole du réseau sont tous très engagés politiquement (contrairement à TAOA qui est engagé mais apolitique). Dans cette double page, nous relaterons des faits et partagerons avec vous les témoignages des acteurs du troc vénézuélien.
Le troc, un projet politique.
“El trueke no es el fin en si mismo sino que el fin es político porque nosotros y nosotras somos revolucionarios que queremos construir el estado comunal” (« Le troc n’est pas une fin en soi, la finalité est politique. Nous sommes révolutionnaires et voulons construire l’Etat Communal) - Yolanda, porte-parole nationale du réseau de troc du Venezuela.
Au Venezuela, le troc naît dans le cadre du projet politique de Chavez. Dès 2006, Chavez s’exprime publiquement sur le sujet :
«un pourcentage de la production doit obligatoirement être destiné à un marché communautaire où l’idée n’est pas de vendre dans une optique de profit économique. Et une autre partie de la production doit être vendue sur le marché traditionnel pour pérenniser l’effort productif» (extrait d’une déclaration sur ViveTV).
La politique de Chavez repose sur les idées de Simon Bolivar, el libertador, redonner le pouvoir au peuple. El poder popular est le coeur de la politique de Chavez. Par ailleurs, le Venezuela est extrêmement dépendant de l’extérieur. Pour caricaturer, à peine, le Venezuela ne produit quasiment rien à part du pétrole et est contraint d’importer tout le reste.
Nous rencontrons une des déléguées du Ministère des Communes, Maria Teresa Quintana. Elle nous explique que Chavez, en favorisant l’émergence de différents modèles socio-productifs communautaires, dont les systèmes de troc, souhaite réduire la dépendance vis-à-vis des importations, que le pays devienne autosuffisant et puisse ainsi assurer son développement économique. Chavez veut donner les moyens et les outils au peuple pour que les communautés soient en mesure de produire ce dont elles ont besoin pour se nourrir, réapprendre à cultiver la terre.
“La Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela permet l’émer-gence de nouvelles formes d’organisa-tion socio-productives (…) le modèle socio-productif communautaire et ses différentes formes d’organisation populaire sont basées sur des relations de production solidaires, via la mobilisa-tion des potentialités productives de la communauté, comme outil pour impul-ser le développement intégral du pays » Hugo Chavez, Ley para el fomento y desarrollo de la economia popular-août 2008.
Comme l’explique Américo Mata dans son livre Desafiando al dinero, las redes de trueke en Venezuela, los sistemas de trueke sont un des modèles socio-productifs impulsés par Chavez pour faire avancer la construction d’une économie socialiste, aux côtés des petites et moyennes industries, coopératives, entreprises familiales, unités de propriété socialistes, conseils communaux et autres formes et modèles d’associations communautaires et productives. De tels systèmes se basent sur la participation populaire pour réactiver les économies locales, mettre en valeur le patrimoine culturel et économique des communautés, et satisfaire les besoins (sociaux et matériels) de chacun.
Le troc inscrit dans la Constitution
Si dans la plupart des pays, les monnaies sociales sont plus ou moins tolérées par le législateur (mais rarement officiellement légalisées), le Venezuela se distingue en inscrivant le troc dans sa Constitution.
Vous pouvez retrouver ces articles et le reste de notre enquête Venezuela dans notre Newsletter n°5
Pour un récit tout en image, retrouvez notre roman photo sur la page facebook de TAOA
Toutes les infos, toutes les publications sur www.taoaproject.org
Le troc au Venezuela - un projet politique
"Patria, Socialismo, trueke, venceremos!"
Au Venezuela, tout est teinté du rouge socialiste. Les slogans socialistes et la figure emblématique du président Chavez sont partout, tagués sur les murs, arborant les péages, sur les panneaux qui nous accueillent à l’entrée des villes, posters dans les bureaux...on a même croisé une petite fille portant un tee-shirt à l’effigie du président. Alors que Chavez est hospitalisé à Cuba, un soir en allumant la télévision, on tombe sur un micro-trottoir où les passants font l’éloge de leur président, entre larmes et déclarations d’amour, Chavez est décidément la star du Venezuela.
Le réseau de troc est bien évidemment lui aussi socialiste, initié par Chavez, soutenu par le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et la Protection Sociale, inscrit dans la Ley organica del Sistema Comunal, et les porte-parole du réseau sont tous très engagés politiquement (contrairement à TAOA qui est engagé mais apolitique). Dans cette double page, nous relaterons des faits et partagerons avec vous les témoignages des acteurs du troc vénézuélien.
Le troc, un projet politique.
“El trueke no es el fin en si mismo sino que el fin es político porque nosotros y nosotras somos revolucionarios que queremos construir el estado comunal” (« Le troc n’est pas une fin en soi, la finalité est politique. Nous sommes révolutionnaires et voulons construire l’Etat Communal) - Yolanda, porte-parole nationale du réseau de troc du Venezuela.
Au Venezuela, le troc naît dans le cadre du projet politique de Chavez. Dès 2006, Chavez s’exprime publiquement sur le sujet :
«un pourcentage de la production doit obligatoirement être destiné à un marché communautaire où l’idée n’est pas de vendre dans une optique de profit économique. Et une autre partie de la production doit être vendue sur le marché traditionnel pour pérenniser l’effort productif» (extrait d’une déclaration sur ViveTV).
La politique de Chavez repose sur les idées de Simon Bolivar, el libertador, redonner le pouvoir au peuple. El poder popular est le coeur de la politique de Chavez. Par ailleurs, le Venezuela est extrêmement dépendant de l’extérieur. Pour caricaturer, à peine, le Venezuela ne produit quasiment rien à part du pétrole et est contraint d’importer tout le reste.
Nous rencontrons une des déléguées du Ministère des Communes, Maria Teresa Quintana. Elle nous explique que Chavez, en favorisant l’émergence de différents modèles socio-productifs communautaires, dont les systèmes de troc, souhaite réduire la dépendance vis-à-vis des importations, que le pays devienne autosuffisant et puisse ainsi assurer son développement économique. Chavez veut donner les moyens et les outils au peuple pour que les communautés soient en mesure de produire ce dont elles ont besoin pour se nourrir, réapprendre à cultiver la terre.
“La Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela permet l’émer-gence de nouvelles formes d’organisa-tion socio-productives (…) le modèle socio-productif communautaire et ses différentes formes d’organisation populaire sont basées sur des relations de production solidaires, via la mobilisa-tion des potentialités productives de la communauté, comme outil pour impul-ser le développement intégral du pays » Hugo Chavez, Ley para el fomento y desarrollo de la economia popular-août 2008.
Comme l’explique Américo Mata dans son livre Desafiando al dinero, las redes de trueke en Venezuela, los sistemas de trueke sont un des modèles socio-productifs impulsés par Chavez pour faire avancer la construction d’une économie socialiste, aux côtés des petites et moyennes industries, coopératives, entreprises familiales, unités de propriété socialistes, conseils communaux et autres formes et modèles d’associations communautaires et productives. De tels systèmes se basent sur la participation populaire pour réactiver les économies locales, mettre en valeur le patrimoine culturel et économique des communautés, et satisfaire les besoins (sociaux et matériels) de chacun.
Le troc inscrit dans la Constitution
Si dans la plupart des pays, les monnaies sociales sont plus ou moins tolérées par le législateur (mais rarement officiellement légalisées), le Venezuela se distingue en inscrivant le troc dans sa Constitution.
Vous pouvez retrouver ces articles et le reste de notre enquête Venezuela dans notre Newsletter n°5
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