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mardi 16 mars 2010

En Inde, le doux rêve des OGM vire au cauchemar




Début mars, Monsanto a pour la première fois reconnu que son coton Bt génétiquement modifié n'était pas efficace, les insectes ayant développé des résistances. Pire, de nouveaux ravageurs jusqu'ici inconnus en Inde ont fait leur apparition. Qui sème le vent...
Scandale du coton OGM Inde
Devant l'évidence, Monsanto a fini par admettre (une première !) que son coton Bt génétiquement modifié, censé lutter contre le ver de la capsule en secrétant son propre insecticide, est en passe de devenir totalement inefficace. De récents rapports indiquent en effet que le ravageur a développé des résistances. Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la variété Bt a permis à d'autres "ravageurs majeurs", jusqu'ici inconnus en Inde, de se développer, "entraînant des pertes économiques importantes" indique l'un des rapports.
Les rêves sont doux, les faits sont têtus...
Autorisées depuis 2002 en Inde, ces cultures OGM recouvrent aujourd'hui 90% des surfaces cotonnières du pays. Pas franchement étonnant puisque Monsanto promettait au chaland de tripler ses rendements, jusqu'à 1500 Kg par hectare, et de réduire les coûts de production en limitant les quantités de pesticides épandues. Las, le miracle tant attendu n'a pas eu lieu. Il tourne même au cauchemar. Les semences OGM coûtent aujourd'hui près de cent fois plus cher que les graines classiques. En 2009, le rendement moyen était de 512 Kg par hectare, bien loin des promesses affriolantes de Monsanto. Et il ne cesse de chuter, d'année en année.
Les résistances développées par les ravageurs obligent en outre les agriculteurs à multiplier les épandages d'insecticides (comme aux Etats-Unis d'ailleurs), jusqu'à 13 fois plus qu'auparavant dans certaines régions, selon Vandana Shiva, une physicienne devenue militante de la défense de l'environnement. Et autant de frais supplémentaires : +30% en moyenne entre 2007 et 2009. Plus de 200.000 paysans indiens se sont suicidés au cours de la dernière décennie, selon les statistiques du gouvernement. Un fléau souvent attribué à l'endettement des agriculteurs ayant opté pour la biotech (voir la vidéo).
Monsanto a réponse à tout
Du côté de Monsanto, on reste serein : "la résistance est naturelle et attendue" a déclaré - sans rire - la multinationale dans un communiqué. Curieux, jusqu'à présent, elle se refusait à évoquer cette possibilité. Et puis finalement, les paysans indiens ne récoltent-ils pas les fruits de leur incompétence ? Puisqu'ils ne respectent pas les "zones refuges" et qu'ils ont utilisé de façon "trop précoce des graines de coton Bt non approuvées", affirme la firme. Mais rassurez-vous, il n'y a pas de raison de paniquer pour autant, car Monsanto a trouvé la parade absolue : une nouvelle variété de coton OGM débarque ! De seconde génération, cette fois, c'est du solide : elle allie deux types d'insecticides. Ouf ! On est sauvé ! Et les charançons n'ont qu'à bien se tenir...
Comme un maçon qui construit sa maison sans toit, en se disant qu'il ne pleuvra pas... Mazette ! Il a plu et il faut tout reconstruire ! Mais cette fois-ci, c'est sûr, il ne pleuvra plus...

Les experts des organismes génétiquement modifiés (OGM) conseillant la Commission de Bruxelles sont-ils indépendants ? C'est la - bonne - question que pose Le Parisien ce vendredi.



OGM
Alors que Bruxelles vient d'autoriser la culture d'une pomme de terre OGM, l'Amflora, produite par BASF - décision aussitôt rejetée par l'Autriche -, des questions se posent sur l'indépendance des scientifiques qui conseillent les institutions bruxelloises en la matière, et notamment ceux de l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). Dans un dossier très fouillé, Le Parisien de ce vendredi relève que depuis sa création en 2002, l'Efsa "a rendu plus de quarante avis sur les OGM : tous positifs". 
Mieux ! "Si l'un des membres de la commission quitte son poste, ceux qui restent sont tentés de soutenir la nomination de scientifiques qu'ils jugent dignes de foi et qui leur ressemblent", note un conseiller technique de ... Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, cité anonymement par Le Parisien. Par ailleurs, le quotidien relève, noms à l'appui, que plusieurs membres de l'Efsa ont des liens étroits avec des entreprises de biotechnologies qui travaillent justement sur les OGM, voire en produisent.
Du coup, on peut légitimement se poser la question de la fiabilité des expertises de ces scientifiques. Pour Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement, la cause est entendue : "il est pratiquement impossible de mener des recherches indépendantes, car les fabricants comme Monsanto - la firme détient 80% des brevets OGM sans le monde - interdisent aux agriculteurs de vendre leurs semences pour la recherche". On se demande bien pourquoi !
Par ailleurs, un "contre-expert" cité par Le Parisien affirme avoir "découvert des effets significatifs (des OGM) qui ont volontairement été dissimulés".
Le quotidien rappelle aussi que le président de la Commission de Bruxelles, José Manuel Barroso, n'a jamais caché son soutien à ces biotechnologies et que la procédure employée pour la pomme de terre BASF a été inhabituelle. Contactée par Le Parisien, l'Efsa a justifié bien sûr ses pratiques et sa rigueur. Mais, en regard, le quotidien publie une interview de Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, qui ne se gêne pas pour affirmer : "nous ne reconnaissons pas les expertises" de l'Efsa.
Affaire à suivre...
Alain Baron