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lundi 24 octobre 2011

Désarmer les marchés

Par IGNACIO RAMONET
Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008.




LE typhon sur les Bourses d’Asie menace le reste du monde. La mondialisation du capital financier est en train de mettre les peuples en état d’insécurité généralisée. Elle contourne et rabaisse les nations et leurs Etats en tant que lieux pertinents de l’exercice de la démocratie et garants du bien commun.

La mondialisation financière a d’ailleurs créé son propre Etat. Un Etat supranational, disposant de ses appareils, de ses réseaux d’influence et de ses moyens d’action propres. Il s’agit de la constellation Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces quatre institutions parlent d’une seule voix - répercutée par la quasi- totalité des grands médias - pour exalter les « vertus du marché ».

Cet Etat mondial est un pouvoir sans société, ce rôle étant tenu par les marchés financiers et les entreprises géantes dont il est le mandataire, avec, comme conséquence, que les sociétés réellement existantes, elles, sont des sociétés sans pouvoir (1). Et cela ne cesse de s’aggraver. (Lire, pages 12 à 15, notre dossier sur la crise financière actuelle.)

Succédant au GATT, l’OMC est ainsi devenue, depuis 1995, une institution dotée de pouvoirs supranationaux et placée hors de tout contrôle de la démocratie parlementaire. Une fois saisie, elle peut déclarer les législations nationales, en matière de droit du travail, d’environnement ou de santé publique, « contraires à la liberté du commerce » et en demander l’abrogation (2). Par ailleurs, depuis mai 1995, au sein de l’OCDE, et à l’écart des opinions publiques, se négocie le très important Accord multilatéral sur les investissements (AMI), qui devrait être signé en 1998, et qui vise à donner les pleins pouvoirs aux investisseurs face aux gouvernements.

Le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique majeur si l’on veut éviter que le monde du siècle à venir ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront la loi.

Quotidiennement, quelque 1 500 milliards de dollars font de multiples allers et retours, spéculant sur des variations du cours des devises. Cette instabilité des changes est l’une des causes de la hausse des intérêts réels, qui freine la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Elle creuse les déficits publics et, par ailleurs, incite les fonds de pension, qui manient des centaines de milliards de dollars, à réclamer aux entreprises des dividendes de plus en plus élevés. Les premières victimes de cette « traque » du profit sont les salariés, dont les licenciements massifs font bondir la cotation boursière de leurs ex- employeurs. Les sociétés peuvent-elles longtemps tolérer l’intolérable ? Il y a urgence à jeter des grains de sable dans ces mouvements de capitaux dévastateurs. De trois façons : suppression des « paradis fiscaux » ; augmentation de la fiscalité des revenus du capital ; taxation des transactions financières.

LES paradis fiscaux sont autant de zones où règne le secret bancaire, qui ne sert qu’à camoufler des malversations et d’autres activités mafieuses. Des milliards de dollars sont ainsi soustraits à toute fiscalité, au bénéfice des puissants et des établissements financiers. Car toutes les grandes banques de la planète ont des succursales dans les paradis fiscaux et en tirent grand profit. Pourquoi ne pas décréter un boycottage financier, par exemple, de Gibraltar, des îles Caïmans ou du Liechtenstein, par l’interdiction faite aux banques travaillant avec les pouvoirs publics d’y ouvrir des filiales ?

La taxation des revenus financiers est une exigence démocratique minimale. Ces revenus devraient être taxés exactement au même taux que les revenus du travail. Ce n’est le cas nulle part, en particulier dans l’Union européenne.

La liberté totale de circulation des capitaux déstabilise la démocratie. C’est pourquoi il importe de mettre en place des mécanismes dissuasifs. L’un d’entre eux est la taxe Tobin, du nom du Prix Nobel américain d’économie qui la proposa dès 1972. Il s’agit de taxer, de manière modique, toutes les transactions sur les marchés des changes pour les stabiliser et, par la même occasion, pour procurer des recettes à la communauté internationale. Au taux de 0,1 %, la taxe Tobin procurerait, par an, quelque 166 milliards de dollars, deux fois plus que la somme annuelle nécessaire pour éradiquer la pauvreté extrême d’ici au début du siècle (3).

De nombreux experts ont montré que la mise en oeuvre de cette taxe ne présente aucune difficulté technique (4). Son application ruinerait le credo libéral de tous ceux qui ne cessent d’évoquer l’absence de solution de rechange au système actuel.

Pourquoi ne pas créer, à l’échelle planétaire, l’organisation non gouvernementale Action pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens (Attac) ? En liaison avec les syndicats et les associations à finalité culturelle, sociale ou écologique, elle pourrait agir comme un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements pour les pousser à réclamer, enfin, la mise en oeuvre effective de cet impôt mondial de solidarité.
(1) Lire André Gorz, Misères du présent, richesse de l’avenir, Galilée, Paris, 1997 ; ainsi que la communication de Bernard Cassen au colloque « La social-démocratie à l’heure de la mondialisation », organisé par le Parti québécois (PQ), à Québec, les 27 et 28 septembre 1997. Par ailleurs, le Groupe de Lisbonne, présidé par Riccardo Petrella, va prochainement publier aux éditions Labor, à Bruxelles, une étude intitulée Le Désarmement financier.
(2) Cf. François Chesnais, La Mondialisation du capital, Syros, Paris, 1997 (nouvelle édition augmentée).
(3) Rapport sur le développement humain 1997, Economica, Paris, 1997.
(4) Cf. Mahbub Ul Haq, Inge Kaul, Isabelle Grunberg, The Tobin Tax : Coping with Financial Volatility, Oxford University Press, Oxford, 1996. Lire Le Monde diplomatique, février 1997.

samedi 15 octobre 2011

Les "indignés" se mobilisent à travers le monde

samedi 15 octobre 2011 09h34 Imprimer cet article [-] Texte [+]
par Michel Rose

MILAN (Reuters) - Les "indignés" manifestent ce samedi à travers la planète pour dénoncer le poids de la finance et les politiques d'austérité qui, disent-ils, mènent le monde à la ruine et condamnent une partie de l'humanité à la pauvreté.

Inspirés par les "indignados" précurseurs de Madrid, galvanisés par le mouvement Occupy Wall Street, différents collectifs reliés entre eux par internet appellent à manifester à Londres, Berlin, Francfort, Athènes, Montréal, New York...

Selon le réseau 15october.net, qui recense les appels à manifester, des rassemblements sont prévus dans au moins 951 villes à travers 82 pays.

Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues d'Auckland en Nouvelle-Zélande avant de se rassembler sur une place de la ville où 3.000 participants ont scandé des slogans en tapant sur des tambours.

Quelque 2.000 manifestants, des représentants de la communauté aborigène, des syndicalistes et des militants communistes, se sont réunis à Sydney devant la banque centrale d'Australie tandis que l'on dénombrait 200 protestataires dans la capitale Wellington.

A Melbourne, où était donné le coup d'envoi de cette journée de mobilisation mondiale, un millier de personnes se sont réunies sur une place du centre-ville.

Plusieurs centaines de personnes, dont des militants opposés au nucléaire, ont marché à Tokyo et quelques dizaines se sont rendus devant l'ambassade des Etats-Unis à Manille aux Philippines aux cris de "à bas l'impérialisme américain".

Dans des villes comme Londres ou Athènes, théâtres de récentes émeutes, les forces de police sont sur les dents. D'autant que nul ne peut anticiper l'ampleur de la mobilisation qui s'appuie largement sur les réseaux sociaux.

"Pour nous, le moment est venu de nous unir, pour eux, le moment est venu de nous écouter. Peuples du monde entier, levez-vous !", proclame le site United for #GlobalChange (ensemble pour un changement global).

"Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers qui ne nous représentent pas. Nous allons manifester pacifiquement, débattre et nous organiser jusqu'à obtenir le changement mondial que nous voulons", poursuit cette coordination virtuelle.

CONTRE LE "CAUCHEMAR GREC"

Les organisateurs insistent sur le caractère pacifiste du mouvement de protestation. Vendredi, cependant, un groupe d'étudiants a fait irruption dans le centre financier de Milan dans les locaux de la banque Goldman Sachs, sur laquelle se concentre une large part de la colère des indignés.

"J'attends ce mouvement depuis longtemps, depuis 2008", témoigne Daniel Schreiber, un Berlinois de 28 ans ulcéré par les répercussions du sauvetage des établissements financiers après la faillite de la banque Lehman Brothers.

"Je me demandais pourquoi les gens n'étaient pas indignés, pourquoi rien ne se passait et finalement, trois ans plus tard, cela arrive enfin", ajoute-t-il.

Trois ans après la chute de Lehman Brothers, emporté par l'éclatement de la bulle des crédits "subprime", et après les plans de soutien et de relance financés par la puissance publique, les pays occidentaux, notamment dans la zone euro, vivent désormais au rythme des plans de rigueur et des cures d'austérité.

"Ce qui se passe aujourd'hui en Grèce, c'est le cauchemar qui attend d'autres pays à l'avenir. La solidarité est l'arme des peuples", écrit le groupe Démocratie réelle, qui appelle à manifester samedi dans le centre d'Athènes, sur la place Syntagma.

Le mouvement est parti au printemps d'Espagne, le pays de l'UE au taux de chômage le plus élevé (plus de 20% de la population active, jusqu'à 45% chez les jeunes de 18-25 ans).

L'occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid, a fait des émules à travers l'Europe, à commencer par la Grèce, où le déblocage de l'aide financière de l'UE et du FMI est assorti de conditions d'austérité draconiennes.

Des mouvements semblables se sont développés au Chili ou en Israël. En France, la place de la Bastille à Paris a été quelques temps un centre de ralliement de la contestation.

QUELLE INFLUENCE ?

Aux Etats-Unis, le mot d'ordre Occupy Wall Street a été lancé cet été sur internet par les activistes du collectif Adbusters (littéralement les Casseurs de pub), un groupe créé à Vancouver qui combat le capitalisme et détourne les codes de la société de consommation.

"Nous étions inspirés par ce qui s'était produit en Tunisie et en Egypte. Nous avions le sentiment que l'Amérique était mûre pour vivre son propre Tahrir", explique Kalle Lasn, co-fondateur du groupe, en référence à la place du Caire devenue l'hiver dernier l'épicentre de la contestation contre le régime d'Hosni Moubarak.

"Nous avions le sentiment qu'une indignation véritable montait en Amérique et nous avons voulu produire l'étincelle qui permettrait à cette indignation de s'exprimer", continue-t-il.

Occupy Wall Street appelait à se rassembler autant de temps que nécessaire à partir du 17 septembre. Le mouvement entrera lundi dans son deuxième mois et les protestataires campent toujours dans un village de tentes dressé dans le parc de Zucotti, près du coeur financier de Manhattan.

Spyro, un Britannique de 28 ans très actif dans la préparation du rassemblement prévu samedi à Londres sous la bannière "Occupy the Stock Exchange", résume les raisons de ce mouvement global de colère contre "le système financier".

Les banques, rappelle-t-il, ont été renflouées sur fonds publics, mais les pratiques des bonus et des stock-options sont restées inchangées tandis que les Etats, sous l'oeil des marchés et des agences de notation, engageaient des politiques d'austérité et que le chômage, en particulier chez les jeunes, augmentait. "Partout dans le monde, nous disons que cela suffit", poursuit-il.

D'Athènes à New York, les revendications restent assez générales, elles visent les 1% de la population accusées de concentrer l'essentiel des richesses, elles accusent les gouvernements élus d'être sourds à cette colère.

L'efficacité de cette mobilisation reste à démontrer.

"Il y a plus de sympathisants que de personnes qui manifestent réellement", souligne Mary Bossis, professeur à l'université grecque du Pirée. En dépit des situations de désespoir créées par les mesures d'austérité, ajoute-t-elle, il semble que l'étincelle qui lancerait un mouvement durable fait défaut.

"S'ils se font entendre dans tous les pays tourmentés par les crises économiques et financières, il est difficile de mesurer le poids exact de leurs protestations, leur capacité d'entraînement et l'efficacité de leur révolte sur les choix des gouvernants", écrit Dominique Quinio, du quotidien français La Croix qui consacre un dossier au sujet.

Henri-Pierre André pour le service français

© Thomson Reuters 2011 Tous droits réservés.

jeudi 13 octobre 2011

Le troc au Venezuela - un projet politique

06.10.2011
Le troc au Venezuela - un projet politique
"Patria, Socialismo, trueke, venceremos!"

Au Venezuela, tout est teinté du rouge socialiste. Les slogans socialistes et la figure emblématique du président Chavez sont partout, tagués sur les murs, arborant les péages, sur les panneaux qui nous accueillent à l’entrée des villes, posters dans les bureaux...on a même croisé une petite fille portant un tee-shirt à l’effigie du président. Alors que Chavez est hospitalisé à Cuba, un soir en allumant la télévision, on tombe sur un micro-trottoir où les passants font l’éloge de leur président, entre larmes et déclarations d’amour, Chavez est décidément la star du Venezuela.

Le réseau de troc est bien évidemment lui aussi socialiste, initié par Chavez, soutenu par le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et la Protection Sociale, inscrit dans la Ley organica del Sistema Comunal, et les porte-parole du réseau sont tous très engagés politiquement (contrairement à TAOA qui est engagé mais apolitique). Dans cette double page, nous relaterons des faits et partagerons avec vous les témoignages des acteurs du troc vénézuélien.



Le troc, un projet politique.

“El trueke no es el fin en si mismo sino que el fin es político porque nosotros y nosotras somos revolucionarios que queremos construir el estado comunal” (« Le troc n’est pas une fin en soi, la finalité est politique. Nous sommes révolutionnaires et voulons construire l’Etat Communal) - Yolanda, porte-parole nationale du réseau de troc du Venezuela.

Au Venezuela, le troc naît dans le cadre du projet politique de Chavez. Dès 2006, Chavez s’exprime publiquement sur le sujet :



«un pourcentage de la production doit obligatoirement être destiné à un marché communautaire où l’idée n’est pas de vendre dans une optique de profit économique. Et une autre partie de la production doit être vendue sur le marché traditionnel pour pérenniser l’effort productif» (extrait d’une déclaration sur ViveTV).

La politique de Chavez repose sur les idées de Simon Bolivar, el libertador, redonner le pouvoir au peuple. El poder popular est le coeur de la politique de Chavez. Par ailleurs, le Venezuela est extrêmement dépendant de l’extérieur. Pour caricaturer, à peine, le Venezuela ne produit quasiment rien à part du pétrole et est contraint d’importer tout le reste.

Nous rencontrons une des déléguées du Ministère des Communes, Maria Teresa Quintana. Elle nous explique que Chavez, en favorisant l’émergence de différents modèles socio-productifs communautaires, dont les systèmes de troc, souhaite réduire la dépendance vis-à-vis des importations, que le pays devienne autosuffisant et puisse ainsi assurer son développement économique. Chavez veut donner les moyens et les outils au peuple pour que les communautés soient en mesure de produire ce dont elles ont besoin pour se nourrir, réapprendre à cultiver la terre.

“La Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela permet l’émer-gence de nouvelles formes d’organisa-tion socio-productives (…) le modèle socio-productif communautaire et ses différentes formes d’organisation populaire sont basées sur des relations de production solidaires, via la mobilisa-tion des potentialités productives de la communauté, comme outil pour impul-ser le développement intégral du pays » Hugo Chavez, Ley para el fomento y desarrollo de la economia popular-août 2008.

Comme l’explique Américo Mata dans son livre Desafiando al dinero, las redes de trueke en Venezuela, los sistemas de trueke sont un des modèles socio-productifs impulsés par Chavez pour faire avancer la construction d’une économie socialiste, aux côtés des petites et moyennes industries, coopératives, entreprises familiales, unités de propriété socialistes, conseils communaux et autres formes et modèles d’associations communautaires et productives. De tels systèmes se basent sur la participation populaire pour réactiver les économies locales, mettre en valeur le patrimoine culturel et économique des communautés, et satisfaire les besoins (sociaux et matériels) de chacun.

Le troc inscrit dans la Constitution

Si dans la plupart des pays, les monnaies sociales sont plus ou moins tolérées par le législateur (mais rarement officiellement légalisées), le Venezuela se distingue en inscrivant le troc dans sa Constitution.

Vous pouvez retrouver ces articles et le reste de notre enquête Venezuela dans notre Newsletter n°5

Pour un récit tout en image, retrouvez notre roman photo sur la page facebook de TAOA

Toutes les infos, toutes les publications sur www.taoaproject.org

jeudi 11 août 2011

Il faut laisser les Etats et les banques faire faillite

Le gourou de la finance zurichoise Marc Faber estime qu'une faillite des banques et des Etats ne signifierait pas la fin du monde mais permettrait au contraire de repartir sur de bonnes bases.

"

11.08.2011 | Propos recueillis par Daniel Eskenazi | Le Temps

"Lundi noir en Bourse", titre El Economista. Après la journée mondiale de débâcle sur les places financières, le quotidien économique espagnol revient sur la catastrophe. La chute de Wall Street entraîne avec elle les marchés européens, Obama ne parvient pas à calmer les investisseurs, la Banque centrale européenne (BCE) réduit la prime de risque de 80 points 
et l’Ibex 35, le principal indice boursier de la Bourse de Madrid, a perdu plus de 6 % en cinq jours. "Personne ne peut prévoir si le jour de l’Apocalypse sera semblable à ce lundi. Toutefois, on peut être certain qu’ils auront beaucoup en commun", se désespère le journal, avant de conclure : "La dégradation du triple A habituellement attribué aux Etats-Unis par l’agence de notation Standard & Poor’s est perçue comme un drame, au beau milieu d’une tourmente financière, dont le vent dévastateur parcourt la planète d’un bout à l’autre."
ARGENTINE
El Economista
Docteur Catastrophe
Marc Faber est un analyste et entrepreneur suisse connu pour ses prédictions catastrophistes – il est surnommé Dr. Doom. Il tient un blog et publie une lettre financière mensuelle : "Gloom, Boom & Doom".
Le Temps : Les marchés ont dégringolé. Comment analysez-vous la situation ?
Marc Faber : Ils sont très survendus à court terme. Je m'attends à un rebond, puis à nouveau un ralentissement dès octobre ou novembre. Le S&P atteindra environ 1 100 points. Le troisième volet du programme d'assouplissement monétaire devrait ensuite être lancé [dit "QE3"].
Le dollar ne cesse de dégringoler. Anticipez-vous sa fin ?
Oui, j'ai toujours pensé que la valeur terminale du dollar était zéro, car le gouvernement, le Trésor et la Réserve fédérale n'ont aucun intérêt à maintenir un dollar fort. Depuis 1913, année de création de la Fed, le billet vert a perdu 97 % de son pouvoir d'achat. Sur le long terme, il a été faible par rapport à la grande majorité des autres devises, tout comme la livre sterling. La fin du dollar ne se produira pas du jour au lendemain, elle sera graduelle.
Croyez-vous aussi à la fin de l'euro ?
Je n'en ai aucune idée, car il s'agit d'une décision politique. Aussi longtemps que l'Allemagne a la volonté de soutenir la Banque centrale européenne et de financer le fonds de stabilité, l'euro survivra.
Aux côtés de la Grèce figurent le Portugal, l'Irlande, l'Espagne et l'Italie. Devrait-on aussi laisser ces pays faire faillite comme vous le préconisiez avec la Grèce ?
Oui, même si cette solution est douloureuse. Cela ne me gêne pas que des assurances, des gouvernements et des banques ayant acheté des obligations de la Grèce perdent de l'argent. Si certains pays font faillite, ils entraîneront les banques avec eux. Mais laissons ces établissements faire défaut tout en protégeant les épargnants. Ce choix est nettement meilleur que de sauver les banques avec l'argent du contribuable et de se rendre compte deux années plus tard que les banquiers reçoivent des bonus record. Il faut punir les banquiers ! Le secteur financier est devenu bien trop gros par rapport à l'économie réelle. A mon avis, le secteur financier doit s'occuper de garder l'épargne des gens et de la prêter à d'autres. Les banques ne devraient pas s'occuper de trading. Est-ce que le sauvetage des banques aux Etats-Unis a apporté quelque chose à l'économie ? Non.
Les nouvelles règles de Bâle III [qui préconisent de tripler la part des fonds propres bloqués par les établissements bancaires des pays du G20 d'ici à 2013] suffiront-elles à stabiliser le système bancaire international ?
Ces nouvelles règles sont bonnes, mais le timing est mauvais. Il aurait fallu les introduire il y a dix-quinze ans et les assouplir maintenant. Or les gouvernements n'ont rien fait durant ces dernières années, et maintenant que les banques devraient être encouragées à prêter de l'argent, ces réglementations les en empêchent. Au lieu d'être proactifs, les Etats sont réactifs. En fait, le problème n'est pas tant le manque de réglementations que les politiques monétaires beaucoup trop laxistes qui encouragent la spéculation. Il serait mieux d'avoir des politiques plus restrictives avec des taux d'intérêt plus élevés que des gouvernements qui ne cessent d'augmenter leurs dépenses et de baisser les taux.
Beaucoup d'analystes s'inquiètent encore d'un éclatement de la bulle immobilière en Chine. Vous n'y croyiez pas l'an dernier. Est-ce toujours le cas ?
Les gens ne réalisent pas que la Chine a une population presque équivalente à celles des Etats-Unis et de l'Europe combinées. Il peut donc y avoir une bulle immobilière dans une ville, voire dans une province, tandis que dans celle d'à côté la situation est normale. Une bulle se définit par des taux d'intérêt bas, des liquidités excessives qui sont investies dans l'un ou l'autre secteur. Selon cette définition, il existe une bulle en Chine, mais son ampleur n'est pas facile à estimer. Car, contrairement à ce que l'on observe dans les économies occidentales, les Chinois n'empruntent pas beaucoup d'argent quand ils achètent des appartements. Ils paient l'essentiel en cash. Pour mémoire, lorsque la bulle immobilière a éclaté à Hong Kong et que les prix ont chuté de 70 %, personne n'a fait faillite. L'endettement des gens était très faible, tout comme celui des agences immobilières.
Investissez-vous en Chine ?
Non, cela ne m'intéresse pas, même si je reste optimiste sur la Chine. J'estime que la moitié des entreprises cotées sont frauduleuses. Je préfère être exposé à la Chine via Hong Kong, où des entreprises paient des dividendes de 5 à 6 %. Le risque de perdre de l'argent est faible. De plus, en cas de problèmes, le dollar de Hong Kong peut toujours être réévalué par rapport au dollar [américain].
Certains tablent sur la fin du monde et l'éclatement du système financier international. Ne va-t-on pas plutôt vivre une décennie morose comme dans les années 1970 ?
Peut-être. Nous aurons une croissance très faible dans les économies matures, avec une perte de confiance des investisseurs, des crises à répétition. Les gens ne trouvent plus d'intérêt à investir dans des actions. Ils ont vu les excès du système bancaire, des managers et ont perdu beaucoup d'argent. Un jour ou l'autre, je suis persuadé que nous devrons reconstruire notre système sur de nouvelles bases.

jeudi 14 janvier 2010

Argent, trop cher? De l' utilisation de la monnaie

Articles prit sur freenet, très intéressant, même si cette vision peut être débattu
Par Rudo de Ruijter,
Chercheur indépendant
Pays-Bas

Introduction

L'argent joue un grand rôle dans notre vie. Dans la société aussi, presque tout est déterminé par l'argent. Il est étrange, que seulement peu de gens connaissent les jongleries, par lesquelles l'argent prend naissance et disparaît. La plupart des gens voient, que leur argent dévalue tous le temps, mais ils ne savent pas, que c’est provoqué, avant tout, par le système d’argent lui-meme. Pareillement, l’éternelle chasse à la croissance économique, et la pression toujours croissante sur la productivité dans les pays industrialisés, sont causées par les principes de ce système. Le système d’argent peut aussi servir à l'oppression, par exemple des pays du Tiers Monde, ou être le motif de guerres, comme celle contre l'Irak. Aimeriez-vous faire un petit tour dans les coulisses ? Bienvenue dans le cirque des jongleurs de l’argent !

Sommaire


  1. Création de l'argent
  2. Inflation permanente
  3. Les banques centrales ont besoin d’inflation
  4. Caprices de la masse d’argent
  5. La guerre contre l'Irak
  6. L’oppression du Tiers Monde
  7. L'arme de la Chine
  8. L’inflation et la croissance économique
  9. Encore plus de croissance ou une société durable ?

1- Création de l'argent

Des échanges, un besoin fondamental

Les gens ont besoin de produits et de services les uns des autres. Ils utilisent de l'argent pour leurs échanges. Bien entendu, il serait agréable que l'argent soit un instrument de change honnête. Mais ce n'est pas le cas. L'argent perd de la valeur tout le temps.

L'argent n'appartient pas à l'État

La plupart des gens pensent que l’argent est créé par l'État. Pourtant, la plupart des gouvernements ont peu ou rien à dire sur la masse monétaire de leur pays. Les banquiers ont pris ce pouvoir. Ils ont transformé cet instrument d’échange en un instrument lucratif en imposant le paiement d’intérêts. De façon permanente les banquiers encaissent des intérêts sur la quasi-totalité de l’argent au monde.

L'argent est créé par les banques commerciales

Les banques commerciales créent continuellement de l'argent pour des prêts. Elles créent cet argent tout simplement par l’inscription de chiffres dans les comptes bancaires des emprunteurs, qui peuvent ensuite dépenser ces montants, comme si c'étaient des billets de banque. Aujourd'hui la grande majorité de l'argent existe seulement sous forme de nombres dans des comptes bancaires. Par la loi, ces nombres ont la même valeur que des billets de banque et des pièces de monnaie.
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Chaque banque commerciale est autorisée à créer de l’argent nouveau de cette manière. Dans les coulisses, commence alors les jongleries lucratives avec l'argent des autres. C’est que, en inscrivant des chiffres dans des comptes, ces montants sont comparables à des chèques sans provision. La banque elle-même n'a pas d'argent. Quand l'emprunteur dépense le montant inscrit en faisant un chèque ou un ordre de paiement, la banque utilisera l'argent des ses autres clients pour régler la dépense de l’emprunteur. Invisiblement, cet argent est pris dans leurs comtes de dépôts et d'épargne. Vous ne vous en rendrez pas compte. Les montants sur vos comptes restent inchangés. Et lorsqu’arrive le moment où vous voulez disposer de nouveau de votre argent, il y aura bien eu un autre emprunteur qui aura juste remboursé son emprunt à la banque. Ainsi vous ne vous apercevrez de rien. Par expérience, les banques savent que les clients ne retirent qu’assez peu d’argent de leurs comptes de dépôts et d’épargne, avant que d’autres versements arrivent sur ces comptes. Une petite réserve suffit pour faire face à leurs besoins courants. Dans beaucoup de pays la loi stipule le minimum des réserves que les banques doivent maintenir. C’est souvent quelque chose comme 10 pour cent. La plupart du temps ces réserves obligatoires sont alors maintenues à la banque centrale du pays.
Comme les banque utilisent l’argent des autres pour régler les dépenses faites avec l’argent nouvellement créé, elles ne peuvent pas en créer de façon illimitée. Dans la pratique près de 90 pourcent de tout l’argent sur les comptes de dépôts et d'épargne sert à régler les dépenses faites avec l’argent créé.
Cependant, l'argent sur les comptes de dépôt et d'épargne est pareillement de l’argent qui, auparavant, est sorti par magie du chapeau du banquier. Ainsi, le nouvel argent créé d’un coup de baguette magique est financé par de l'argent magique créé auparavant. Mais tant que personne ne le remarque, le jongleur recueille les applaudissements. Jetons un coup d’œil sur les conséquences.

Le manège des prêts

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Les emprunts ont un effet caché. Quand l'emprunteur dépense l'argent, la personne qui le reçoit le déposera à sa banque. Cette banque, grâce à ce dépôt, peut émettre de nouveaux prêts. Ces prêts aussi, seront dépensés et deviendront des dépôts dans une banque suivante. Et ainsi de suite. Bien entendu, à chaque nouvelle ronde une banque encaisse des intérêts. C'est un vaste manège de création d’argent, qui gonfle la masse totale dans le pays.
Chaque fois que les prêts, émis par une banque, arrivent comme dépôts à une banque suivante, une nouvelle ronde de prêts peut démarrer. Le schéma s'applique aussi quand l'argent d'un prêt est dépensé et revient comme dépôt à la même banque.
S'il n’y avait qu’une seule banque dans le pays, il deviendrait évident très vite, que cette banque crée continuellement plus d’argent en accordant des prêts, recevant l’argent peu après comme dépôts, accordant de nouveaux prêts, recevant cet argent de nouveau comme dépôts, et ainsi de suite.
Donc, l'effet du manège c’est que l’ensemble des banques créent toujours plus de prêts et encaissent plus d'intérêt tout le temps. Cela gonfle la masse d’argent de nombreuses fois. Mais, quand on y réfléchit, est-ce que nous, ou les banquiers, en deviennent plus riches?
Les banques ont beau créer plus d'argent, mais elles ne créent pas magiquement plus de marchandises à acheter. Quand les gens ont davantage d'argent, mais qu’il y a toujours autant de choses à acheter, c’est tout simplement les prix qui augmenteront. Chaque unité monétaire perd alors un peu de sa valeur. Cela s'appelle l'inflation.
Donc, quand les banques mettent plus d'argent en circulation, la valeur de chaque unité monétaire descend. Et cela est vrai également pour les intérêts que les banques encaissent. Quand les banques émettent 10 fois plus de prêts et gonflent par 10 fois la masse de l’argent, les intérêts qu'elles encaissent valent aussi 10 fois moins.

La concurrence assure l'inflation

La plupart des pays n’ont qu’une devise officielle, mais de multiples banques commerciales qui émettent l'argent. Et, bien que les banques ensemble ne deviennent pas vraiment plus riches du gonflement de la masse d’argent, elles la gonflent quand-même. La seule raison pour cela est la concurrence entre elles. Lorsqu’on parle de concurrence entre entreprises, on dit généralement que c’est sain. Mais chez les banques, la competition veut dire prêter le plus possible et donc un maximum d’inflation.
Pour chaque banque la concurrence est simplement une lutte pour encaisser davantage d'intérêts et pour augmenter sa part de marché et ses profits. La banque avec les meilleurs résultats se développera plus vite que les autres et, à la longue, pourra dévorer ses concurrents.

L'écart entre riches et pauvres

Pas tout le monde peut emprunter l'argent qu'il veut. Pour prêter de l'argent, la banque demande une garantie, qu'elle pourra saisir, si l'emprunteur manquait à ses versements. Ceux qui ont suffisamment de garanties peuvent obtenir des prêts et investir facilement. Les grandes entreprise payent même moins d'intérêt. La demande de garantie cause un élargissement continuel de l'écart entre les riches et les pauvres.
Pour chaque pays ceci est un danger qui guettte en permanence. Comme ce sont les banques et non les gouvernements qui décident des prêts, les gouvernements ne peuvent que tenter de masquer les fissures sociales, mais ne pourront ni les guérir ni les empêcher.

Prêts pour investissements et consommation

Un effet des emprunts que tous les emprunteurs ne connaissent que trop bien, c’est que la somme principale doit être remboursée avec des intérêts. Un entrepreneur qui emprunte de l'argent pour des investissements devra produire un revenu supplémentaire pour payer ces intérêts. Les prêts pour les investissements ne sont pas seulement une vache à lait pour les banquiers. Ils peuvent aussi aider à générer plus d’activité économique. Le rôle utile des banques pour la société serait donc, qu’elles mettent à disposition des prêts pour des investissements.
Par contre, les prêts pour des articles de consommation, ne contribuent normalement pas à plus de consommation. Il est vrai, que grâce au crédit, l'achat d'un article se fait plus tôt. Cependant, cet avantage est anéanti par une plus longue période de pouvoir d’achat réduit, car le consommateur doit non seulement gagner l'argent de son achat, mais aussi l’argent pour les intérêts. Il achètera donc moins de produits de consommation avec son salaire. Et des intérêts qu’il paye à sa banque, il n’y a qu’une partie qui finit comme salaire des employés de la banque, et il n’y a qu’une partie de ces salaires qui sera utilisée pour acheter des produits de consommation. Donc, les prêts pour des produits de consommation mènent plutôt à une diminution des achats de de ces produits.

Où va l'argent ?

Dès que l'emprunteur a dépensé l'argent de son prêt, il est assez imprévisible ce que feront les détenteurs successifs de cet argent. Un garagiste peut le recevoir en vendant une voiture à l'emprunteur. Le garagiste pourrait payer cet argent comme salaire à un de ces employés. Ce dernier pourrait en utiliser pour payer son loyer. En fait, dès que l'argent entre dans le grand jeu des transactions parmi les gens, il peut servir à toutes les fins pour lesquelles nous utilisons de l'argent.
Pendant la durée des prêts, l'argent est transféré de banque à banque chaque fois que des détenteurs de comptes d’une banque effectuent des paiements à des détenteurs de comptes d'une autre banque. À cette fin la banque centrale gère un compte pour chaque banque et exécute ces transferts.
Parfois il est plus pratique d’utiliser des billets de banque et des pièces de monnaie. À la banque ou à un guichet automatique on peut retirer de l'argent de son compte. Quand on le dépense, la personne qui le reçoit l'apportera à sa banque et verra le montant apparaître sur son compte. L'argent peut prendre la forme d’argent comptant ou de nombres sur des comptes bancaires. Pour les paiements cela ne fait pas de différence.

Où finit l'argent ?

L'argent finit au moment où l'emprunteur rembourse la somme principale du prêt à sa banque. À ce moment la banque transfère l'argent du compte de dépôt de l'emprunteur à son compte de crédit. Le compte du crédit montrera alors que la dette a été réduite. L'argent est venu au monde en inscrivant un nombre sur le compte de l'emprunteur et disparaît en diminuant ce nombre jusqu’à zéro.
L'emprunteur doit aussi verser des intérêts à la banque. L'intérêt ne fait pas partie de l'argent que la banque a créé pour cet emprunteur. L'emprunteur doit travailler et l’obtenir d'autre argent en circulation. (Par définition, cet autre argent fait partie de la masse totale des prêts en cours dans le pays à ce moment.)
Donc, l'argent cesse d’exister au fur et à mesure que les prêts sont remboursés. Et si tous les prêts étaient remboursés, il n'y aurait plus aucun argent. Cependant, pour le moment, il y a des océans d'argent et sur tout cet argent les banques encaissent des intérêts.

Non-banquiers comparés aux banquiers

Dans la société l'argent circule. L'argent vient vers vous quand vous produisez ou faites des choses que d'autres veulent. L'argent roule dans l’autre sens, quand vous achetez des choses ou faites travailler des gens pour vous. Eventuellement vous pouvez épargner un peu pour plus tard. Les banquiers font cela différemment. Ils prennent tout simplement de l’argent des autres et le dépensent. Cela est basé sur le principe que l'argent leur appartient, puisque c’est eux qui l'ont créé. Ainsi les banquiers trouvent logique, qu’ils ont le droit d’encaisser un loyer. En effet, dans certains pays les intérêts s’appellent « rente », ce qui vient de l’anglais « rent », et veut dire « loyer ». Nous ne possédons pas l’argent, nous le louons.
Bien que tout le monde utilise l'argent, les banques font toujours payer ce loyer par le premier utilisateur, l'emprunteur. Nous verrons plus loin, comment les banques font payer les autres utilisateurs également.
Les banques ne peuvent pas être considérées comme des entreprises commerciales normales. Elles se sont déclarées propriétaires de tout l’argent et font payer la population pour le louer.

Fin de durée

Presque tout l'argent est temporaire. Les prêts terminés doivent être remplacés par de nouveaux prêts pour maintenir de l'argent en circulation. Les prêts commencent à des moments différents et ont des durées différentes. Souvent l'emprunteur rembourse chaque mois une partie de son prêt. Cela signifie, que chaque somme d’argent en circulation a sa propre date de fin, la date prévue pour le remboursement par l'emprunteur.
Le montant total de l'argent en circulation détermine de combien d'argent nous disposons pour nos transactions et, à la longue, cela détermine le niveau général des prix des produits et des services.

Transactions

Pendant sa vie l'argent est un moyen d’échange pour des transactions. Une transaction a lieu quand deux parties la trouvent intéressante. « A » trouve que l'argent qu’il obtient est plus intéressant et « B » trouve la voiture d’occasion plus intéressante. Un échange a lieu. Maintenant « A » a l'argent et « B » la voiture et tous deux sont satisfaits.
Les transactions peuvent inclure un paiement pour une valeur ajoutée. Quand un boulanger fait du pain, il ajoute son travail à la farine, au lait et à la levure. Le travail qu'il effectue représente la valeur ajoutée. Quand il vend le pain, la transaction n'est pas juste un échange de propriété, mais elle inclut aussi le paiement de la valeur ajoutée.
En lui-même, le montant total des transactions dans un pays ne donne aucune indication sur la valeur ajoutée, ni sur la valeur des biens et des services produits dans ce pays.

2- Inflation permanente

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L'inflation des prix sigifie que l’argent que nous détenons perd de la valeur. Cette inflation peut fluctuer énormément au cours du temps. Il y a beaucoup de théories économiques, qui offrent des explications sur les causes. Cependant, ces théories expliquent plutôt des augmentations et des baisses des prix parmi des produits et des services. Ils n'expliquent pas pourquoi les hausses de prix sont permanentes. L'inflation de prix permanente a une cause différente. Nous ferons un tour rapide à travers quelques causes d’inflation. Mais, pour commencer, éliminons la confusion entre l’Indice des Prix à la Consommation et l'inflation des prix.

Indice des Prix à la Consommation et inflation des prix

L'inflation des prix mène au mécontentement de la population. C'est pourquoi beaucoup de pays utilisent un Indice des Prix à la Consommation (IPC), qui montre des chiffres plus agréables. [1], [2], [3] Donc, quand les politiciens ou les fonctionnaires utilisent le mot « inflation », ils sousentendent le plus souvent les changements dans l’Indice des Prix à la Consommation.
L'indice est basé sur une comparaison annuelle du coût d’un panier de produits pour un ménage « moyen ». Le contenu du panier varie d'un pays à l'autre, et il en est des même pour les méthodes pour calculer l’indice. Un pays peut inclure le coût de la nourriture, du carburant et du logement; un autre pays peut laisser ces coûts en dehors. [4], [5] Certains pays publient les catégories de produits qu’ils ont dans le panier [6]. mais, en général, les produits précis restent secrets. Néanmoins, certains bureaux de statistiques révèlent quelques tours de passe-passe, qu'ils pratiquent pour obtenir des indices flatteurs. Par exemple, ils changent périodiquement le contenu du panier. Les produits dont le prix augmente trop en sont sortis et remplacés par d’autres meilleur marché. Ou, quand le prix d'un produit reste stable, mais que la qualité s'améliore, ils comptent l'amélioration de la qualité comme une baisse de prix. Ainsi, pour les ordinateurs dans le panier, le Bureau Central des Statistiques (CBS) au Pays-Bas compte une baisse de prix de 64 pour cent entre 1998 et 2003! Et voilà l’indice qui baisse ! [7]
Donc, le contenu du panier est adapté périodiquement. La justification est : « quand les prix montent, les ménages adaptent leurs achats aussi ». Et que signifie cette politique d’adaptation pour l'indice ? Eh bien, puisque le ménage moyen défini ne peut pas dépenser plus qu'il gagne, l’augmentation du coût du panier est automatiquement limitée à l'augmentation de ses revenus. En effet, le ménage défini ne peut pas payer des prix plus élevés. Aussi, l’indice de Prix à la Consommation n’est qu’une grande tromperie. Il exprime plus l’évolution des revenus du ménage moyen, que la montée des prix.
Sauf indication contraire, dans cet article l'expression « inflation des prix » se réfère à l’augmentation réelle des prix dans toutes les transactions et non à quelque IPC. Et dans cet article, « inflation monétaire» signifie, en premier lieu, l'augmentation de la masse d’argent. J’y reviens dans un instant.

Théorie de l’inflation par les coûts

La théorie de l’inflation par les coûts dit, que l’augmentation des coûts est responsable de l'inflation des prix, comme l’augmentation des coûts de salaires, des matières premières importées ou des taxes sur la consommation. [8]

Théorie de l’inflation par la demande

La théorie de l’inflation par la demande dit, que l’inflation des prix apparaît quand la demande excède l'offre. [9] L’augmentation de la demande peut être causée par des activités d’ exportation, par des réductions d'impôts ou par l’accroissement de la masse monétaire. Des fluctuations dans la demande peuvent aussi se produire, quand les consommateurs économisent plus d'argent et, quelques temps après, commencent de nouveau à le dépenser.

Prévisions s’accomplissant elles-mêmes

Les prévisions de l’inflation des prix affectent aussi l'inflation des prix réelle. Les fabricants et les commerçants ont en général des listes de prix, qui sont valides six mois ou un an. Ils doivent inclure un pourcentage pour l'inflation prévue. Cela augmente immédiatement les prix, et contribue ainsi à l’inflation réelle. Il en va de même pour les banquiers. Quand ils accordent des prêts, ils prévoient que les intérêts, qu'ils encaisseront pendant la durée du prêt, représente de moins en moins de valeur au cours du prêt. C’est pourquoi ils comptent d’office une marge supplémentaire. Ce coût supplémentaire contribue à l’inflation réelle.

Augmentation de la masse d’argent

Si l’inflation par la demande et l’inflation par les coûts survenaient sans expansion de la masse d’argent, quelques prix monteraient et d'autres baisseraient. Toutefois, nous voyons plutôt des prix qui montent plus vite que d'autres, mais rarement des prix qui baissent. C’est parce que, au cours du temps, la masse d’argent s’accroît par toujours plus de prêts en cours. Cela s'appelle l'inflation monétaire.
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Bien entendu cela affecte les prix dans les transactions, toutefois, jamais de manière égale. Pratiquement, quand la masse d'argent augmente, l’argent supplémentaire crée des possibilités pour des augmentation de prix dans chaque transaction consécutive. Nous pouvons présumer, que, quand d'autres facteurs inflationnistes sont au travail quelque part, par exemple une grande demande, l'argent supplémentaire y cause un supplément d’augmentation des prix.
L’inflation monétaire est la cause de la montée des prix permanente, que nous observons au fil du temps. C’est la seule inflation qui compte au fil des années et des décennies.
L'inflation, en premier lieu, se réfère au gonflement de la masse monétaire. Ceci cause l'augmentation des prix. Aujourd'hui nous employons aussi le mot « inflation » pour l'augmentation des prix elle-même. Notons encore, que dans le cas, où la masse d’argent augmente, et simultanément la productivité augmente aussi, il peut arriver que les prix moyens n'augmentent pas ou augmentent moins vite. L'argent disponible se diffuse alors sur un plus grand nombre de produits et services, ce qui aide à maintenir les prix stables.

3- Les banques centrales ont besoin d’inflation

Il peut sembler que l’inflation se maintienne assez naturellement d’elle-même. Quand les prix montent pendant la durée des prêts, les nouveaux prêts doivent financer des choses plus chères et doivent donc être plus élevés. À tout moment la cause de l'inflation serait l'inflation elle-même. Cependant, ce n'est pas un «perpetuum mobile» qui est responsable de l'inflation, mais une politique claire et ouvertement reconnue par les banques centrales. [10], [11]. L'inflation est une composante de notre système bancaire.
Comme exposé plus tôt, la concurrence entre les banques rend certain qu’elles émettent le maximum de prêts possible selon les circonstances. Par conséquence, pour monter ou baisser l’inflation, les banques centrales ont seulement besoin d’assouplir ou de resserrer l'émission des prêts.
La façon la mieux connue des banques centrales pour influencer l'inflation est la modification du taux d'intérêt. Cela est destiné à influencer les emprunteurs potentiels. Dans les mots de la Banque Centrale Néerlandaise (DNB) : « L'intérêt agit comme la pédale d'accélération et de frein de l'économie. Par une augmentation du taux d'intérêt, les prix baisseront, ou au moins monteront moins vite. Par une dimunition du taux d'intérêt les prix monteront plus vite. » [12]
Une manière pour l’expliquer est que, quand le taux d'intérêt monte, les gens emprunteront moins. Et lorsque moins de prêts finis sont remplacés par de nouveaux prêts, il y aura moins d'argent dans le pays. Avec le temps, vous pouvez acheter davantage avec chaque unité monétaire. Les prix baissent. Mais prêtez attention à ce que la DNB a ajouté : « ou au moins monteront moins vite. » Ici la banque centrale n'a pas l’intention de voir les prix baisser. Dans ce cas-là, apparemment, la masse d’argent peut toujours grossir, mais juste un peu plus lentement.
Quand la banque centrale baisse le taux d'intérêt, la raison est claire : permettre encore plus de prêts et laisser la masse d’argent croître encore plus vite. Bien entendu, les taux d'intérêt ont aussi de l’effet sur l'épargne. Quand l'intérêt sur l'épargne baisse, plus de gens préfèreront dépenser leur argent.
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Les banques centrales ne peuvent pas diriger l'inflation sur des prix spécifiques, comme ceux du pain, des bicyclettes ou des machines. Elles influencent plutôt l'augmentation du volume global des prêts, l'inflation monétaire. L'argent supplémentaire ne se propage jamais de façon équilibrée à travers l'économie. Il augmente plutôt les effets d'autres facteurs, comme la montée des coûts ou celle de la demande.
Quand l'économie ne peut absorber plus d'inflation et que l'argent ne se propage pas de façon suffisamment équilibrée, des bulles se produisent. A ce moment-là, des masses d’argent de plus en plus grandes circulent, par exemple, sur le marché boursier ou sur le marché immobilier, où l'argent est gagné en faisant monter les prix. Les entreprises aussi sont de plus en plus souvent achetées et vendues comme si elles étaient les jouets financiers.
Bien que les banques centrales admettent que l'inflation fasse partie de leur politique, elles mettent plutôt en avant des raisons économiques. La plupart du temps ces raisons ont l’air plausible et sont richement pourvues en commentaires par des économistes et des journalistes. Cependant, la plupart d'entre eux oublient, qu’en premier lieu, ce sont les banques centrales elles-mêmes qui ont besoin de l’inflation.

Inflation : Les banques centrales ont besoin de revenus

Les banques centrales ont obtenu le pouvoir de contrôler le volume de la masse monétaire, d’influencer l'inflation et les intérêts, et de dicter des règles aux institutions financières. Avec ce pouvoir elles peuvent influencer l'économie. Elles ont obtenu des lois pour détenir ce pouvoir. Si elles dépendaient des autres pour leurs revenus, leur pouvoir pourrait rapidement s’éroder. C'est pourquoi elles gagnent leurs propres revenus. [14], [15]
Les banques centrales gagnent leur revenus avec des opérations monétaires. Une source de revenu très lucrative c’est d’emprunter de l'argent quand l'intérêt est bas et de le prêter quand l'intérêt est élevé. Comme opération monétaire, le but est le suivant. Quand le taux d'intérêt chez les banques commerciales baissent trop, (par une baisse dans la demande d’emprunts) la banque centrale emprunte de grands volumes d'argent aux banques. De cette manière il restera moins d'argent en circulation. Cela cause une augmentation dans la demande de prêts et les taux d'intérêt chez les banques commerciales pourront remonter. En d'autres temps, quand les taux d’intérêt montent trop, la banque centrale prête de l'argent aux banques. Ainsi elles peuvent fournir davantage de prêts à leurs clients et lorsque la demande s’assouvit, les taux d’intérêt baisseront. [16]
Les bénéfices que les banques centrales obtiennent avec ces opérations, seront d’autant plus grands que l’écart entre les taux bas et les taux élevés est important. Pour ces bénéfices, la présence d’inflation est essentielle. Sans inflation, les taux d'intérêt resteraient plutôt bas. [17] Il n’y aurait guère de différence entre les taux bas et les taux élevés. Par ailleurs, ces opérations permettent également aux banques centrales d’augmenter leur bilan, de devenir plus grandes. Elles achètent plus de papiers de valeurs (prêtent plus d'argent) qu'elles n’en vendent.
Beaucoup de banques centrales disent vouloir maintenir l'inflation autour de 2 pour cent. Avec le mot « inflation » elles veulent dire l’augmentation de l’Indice des Prix à la Consommation [11], et non pas la vraie inflation, qui est beaucoup plus élevée. [3]

Inflation : obliger la population à payer pour l'usage de l'argent

L'inflation est non seulement une nécessité pour le revenu des banques centrales, mais aussi un moyen pour exercer de l’influence sur les utilisateurs de l'argent. Par l'inflation la population paye – même contre sa volonté – pour l'utilisation de l'argent. Les banques encaissent les intérêts des emprunteurs. De cette manière on a l’impression que seuls les emprunteurs payent pour l'argent créé. Mais voyons comment ça marche quand il y a de l’inflation.
Grâce à l'inflation, l'emprunteur a l’avantage que les mensualités qu’il doit à sa banque représentent moins de valeur au fur et à mesure que le temps passe. Ces mensualités concernent les intérêts et le remboursement de la somme principale. Les intérêts forment le revenu de la banque. Nous pouvons être certains, que la banque prévoit l'inflation et compte d’office un peu plus d'intérêt. Donc, pour les intérêts, l'inflation ne donne pas un avantage à l'emprunteur. Mais il n’en est pas de même pour la somme principale. C’est que la banque n’a besoin que du remboursement du montant nominal qu’elle a inscrit dans le compte de l’emprunteur. Peu importe, si au fil du temps cette somme a perdu de leur valeur. Il suffit que le total des montants remboursés soient identiques au montant inscrit dans le compte de l’emprunteur au départ, pourque le prêt soit terminé et l’argent ait finit d’exister. La dévaluation des montants à rembourser pour la somme principale constitue donc un avantage pour l'emprunteur.
Cet avantage pour l'emprunteur peut être calculé séparément pour chaque mensualité. Et quand nous calculons aussi l'inflation supportée par les usagers consécutifs de l'argent créé par ce prêt, les totaux s’avèrent approximativement identiques.
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Dans cet exemple la ligne rouge montre le montant total des transactions réalisées avec l'argent du prêt pendant sa durée. La perte de valeur par l'inflation est dissimulée dans les 60 transactions. Quand l'inflation est de 2 pour cent, c'est en moyenne 0,167 % par transaction. La perte de valeur pour les utilisateurs de l'argent égale l'avantage pour l'emprunteur.
Dit plus simplement : si l’emprunteur doit payer 6 pour cent d'intérêt (sur la somme principale) et profite d’une inflation de 2 pour cent (sur la somme principale), son avantage égale 2/6 des intérêts. [18] Les utilisateurs de l'argent perdent une valeur égale par l'inflation. Les banques ne perdent pas. Elles ont prévu l'inflation et ont compté un peu plus d'intérêt à l'avance.
En d’autres mots, l’effet de la politique d’inflation des banques centrales c’est qu’une partie des paiements des intérêts est déplacée de l’emprunteur vers les autres utilisateurs. De cette façon, les autres utilisateurs payent des intérêts pour l’usage de l’argent !
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Manipulation de l’inflation et des intérêts

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Avec l’autorité de déterminer l'inflation et l’intérêt les banquiers centraux ont le pouvoir. Ils peuvent nous faire épargner plus, investir plus, consommer plus, spéculer plus et toujours travailler plus dur.
Comme montré ci-dessus, l'inflation est un intérêt que les utilisateurs d'argent doivent payer. En plus, l'inflation pousse la population à travailler plus dur et à concurrencer pour obtenir un peu de l'argent supplémentaire mis en circulation et de compenser la perte de valeur de l'argent qu'ils détiennent.
L'inflation pousse aussi les gens à ne pas garder l’argent dans leur poche ou sous leur matelas, mais à le dépenser ou bien à le déposer à la banque pour un peu d’intérêt. De cette manière la plus grande partie de l’argent est toujours à la disposition des banques.
Quand l'intérêt est élevé, les gens épargnent plus. Quand l'intérêt est bas, les gens dépensent, empruntent et investissent davantage.
Ce que nous pensons intéressant à faire à un moment donné, dépend en grande partie de ce que la banque centrale veut que nous fassions.

4- Caprices de la masse d’argent

Comme mentionné ci-dessus, la masse d’argent dont la société dispose, c’est le total des montants de prêts encore à rembourser. En fait, c’est curieux. Car quel serait le rapport entre les montants qui restent encore à rembourser et l’argent dont la société a besoin pour bien fonctionner ? Qu’est-ce que les besoins des emprunteurs et leur capacité à rembourser ont à faire avec le besoin d'argent du reste de la société ? Si vous achetez une maison demain, et, avec votre prêt, mettez en circulation de l’argent pour vingt ans, qu’est-ce que cela aurait à faire avec les besoins de l’économie dans 10 ou 15 ans ? Rien du tout.
En réalité, la société dispose d’une masse d’argent au hasard, résultant de prêts emis dans le passé et composé de ce qui en reste à rembourser. Chaque jour des parts sont remboursées et de nouveaux prêts sont émis. En raison du volume colossal de la masse monétaire la population ne remarque guère les variations. En théorie, les banques centrales pourraient centraliser toutes les informations sur les prêts émis et savoir exactement combien d'argent il existera encore demain, dans deux jours ou dans dix jours. Avec des opérations monétaires elles pourraient maintenir la masse d’argent assez stable. Cependant, comme mentionné ci-dessus, cela n'est pas la politique des banques centrales. Elles ne font que grossir la masse d’argent.
Il existe des théories qui disent, que sans inflation l'économie ne pourrait pas être dirigée. L’un des principaux arguments est, que, quand la masse d’argent n'augmente pas, on ne pourrait pas diminuer les salaires dans les cas où les conditions économiques l’exigeraient. « Les salaires effectivement payés devraient alors etre baissés et les employés n’accepteraient jamais cela. » Et « quand la masse d’argent augmente, les diminutions de salaires peuvent être câchées, en augmentant les salaires moins vite que l’inflation. »
Ainsi, les défenseurs de cette théorie comprennent, que l'inflation c’est berner le peuple et ils soutiennent, qu'on peut pas faire autrement. Cependant, leur théorie ne tient pas la route. Car, si la masse d’argent reste stable, certains prix monteraient tandis que d'autres baisseraient. L'acceptation des gens pour des variations dans leurs salaires serait très différente comparé à aujourd'hui, où, depuis des décennies, les prix ne font que monter. En outre, quand on maintient la masse d’argent stable, il est tout à fait possible de maintenir les salaires stables quand l’économie tourne moins fort, si, durant des périodes prospères, les revenus supplémentaires sont formés par des participations dans les profits et des réductions d’impôts.
Le système d’argent d’aujourd’hui n’a pas comme point de départ une quantité d’argent qui conviendrait aux besoins de l’économie. Le système d’aujourd’hui garantit seulement que les banques encaissent des intérêts sur tout l’argent qui existe, que la compétition entre elles entraîne une inflation monétaire maximale, et que les banques centrales sécurisent leurs revenus et leur pouvoir. Pour le reste l’économie n’a qu’à s’accomoder de l’argent qui se trouve d’être là, par hasard, à un moment donné.

5- La guerre contre l’Irak

L'argent est exprimé en devises. Chaque pays a une devise officielle. Aux États-Unis c'est le dollar. Le dollar est très utilisé en dehors des Etats-Unis aussi. Depuis 1973 la quantité de dollars hors des États-Unis augmente tout le temps plus vite. Les Etats-Unis paient la moitié de leurs importations avec des dollars pour lesquels ils ne délivrent rien en retour. Ces dollars demeurent indéfiniment à l'étranger et forment la dette extérieure des Etats-Unis. De cette façon les États-Unis importent à chaque minute pour 1,25 million de dollars de marchandises et de services « gratuitement » (ou, pour ceux qui ont encore l’espoir de recevoir quelque chose en retour un jour, « à crédit »). Les sommes sont simplement rajoutées à la dette extérieure. Cette dette est si élevée maintenant, que les États-Unis ne peuvent plus la rembourser. Donc les États-Unis sont en faillite.
L’une des raisons principales pour laquelle le monde entier accepte néanmoins toujours des dollars, c’est parce que la majorité du gaz et du pétrole du globe doit être payée en dollars. De cette façon les États-Unis ont aussi l'avantage de pouvoir disposer librement de ces réserves de gaz et de pétrole. Car, pour les payer, les États-Unis peuvent toujours créer autant de dollars qu'ils veulent. Pour les Etats-Unis il est donc primordial que les ventes de gas et de pétrole restent en dollars. Néanmoins, l'Irak, qui a la deuxième plus grande réserve pétrolière mondiale, est passé à l'euro le 6 novembre 2000 . [19] Bien que les États-Unis aient cherché une manière pour rétablir leur influence en Irak depuis de nombreuses années, ce passage à l’euro rendait la guerre inévitable. Le dollar s’affaiblissait et en juillet 2002 la situation devenait tellement critique, que le FMI lançait un avertissement que le dollar pouvait s'effondrer. [20] Quelques jours plus tard les plans d’attaque étaient débattus à Downing Street. [21] Un mois plus tard Cheney proclamait qu’il était sûr maintenant que l’Irak avait des armes de destruction massive. [22] Avec ce prétexte les États-Unis ont envahi l'Irak le 19 mars 2003 . Discrètement ils ont rétabli la vente de pétrole irakien en dollars le 5 juin
  1. [23] Donc maintenant, au moins financièrement, les États-Unis disposent de nouveau librement des réserves pétrolières irakiennes. (Et pendant que les journalistes envoient des reportages de guerre de Bagdad, le pétrole est exporté de Bassora.) Depuis le printemps 2003, l’Iran aussi est passé à l'euro et depuis le 8 juin 2006 la Russie vend son gaz et pétrole en roubles. (Vous pouvez en lire plus à ce sujet dans « Coût, méfaits et dangers du dollar ») [24] Note : Derrière le conflit entre les États-Unis et l’Iran il y a plus qu’un conflit de devises. Dans les coulisses il est aussi question de la formation d'un cartel du marché mondial des combustibles nucléaires. Vous pouvez en lire plus à ce sujet dans « Hold-up sur le marché des combustibles nucléaires. » [25])

6- Oppression des pays du Tiers Monde

L'avantage des importations gratuites (1,25 million de dollars par minute) existe seulement pour autant que les dollars restent en permanence à l'étranger. Si les autres pays les utilisaient pour acheter des marchandises et des services aux États-Unis, alors il n'y aurait pas d’avantage. Mais depuis 30 ans les États-Unis importent plus qu'ils n’exportent. Plus que nul autre ils maîtrisent l'art de maintenir les dollars à l'étranger.
Par exemple, la Banque Mondiale et le FMI accordent des prêts en dollars aux pays du Tiers Monde depuis les années 60 . La politique est de fournir autant de prêts que possible, de façon que ces pays ne pourront jamais les rembourser. [26] Ainsi ils sont éternellement coincés par la charge croissante des prêts et des intérêts. Autrement dit, la soi-disant aide aux pays en voie de développement n'est rien d’autre que de l’oppression. Et l’alègement de la dette claironné par les pays industrialisés ne représente qu’à peine un pour cent. [27]

7- L’arme de la Chine

Le gouvernement chinois ne veut pas de commerce en dollars dans son pays. Les dollars gagnés par les exportateurs chinois sont échangés contre de l'argent local par la banque centrale chinoise. La banque centrale chinoise a un stock énorme de dollars. En mars 2007 environ 1.000 milliards de dollars. [28] En fait ceci constitue une arme plutôt efficace contre des agressions éventuelles par les États-Unis. Quand la Chine le voudra, elle pourra offrir des wagons pleins de dollars sur les marchés de changes et faire baisser le cours du dollar, ou même le faire s'effondrer d’un coup sec. [29]

8- Inflation et croissance économique

Notre système monétaire, régit par les banques, l’intérêt et l’inflation, existait déjà à notre naissance. Il fait partie de notre environnement « naturel ». C'est pourquoi il est difficile de voir son influence sur notre vie et sur la société. Tout ce que nous pouvons dire à son sujet peut facilement être considéré comme normal. Nous ne savons pas mieux. Les effets du système sont partout, même dans notre manière de penser et dans nos convictions.
Ainsi nous trouvons que c’est une évidence, que l'économie n’est saine que quand elle grandit. Le concept de la « croissance économique » a été canonisé par les économistes, les politiciens et tous ceux qui comprennent ou croient comprendre la société. En Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord nous avons aspiré à la croissance économique depuis le début de la révolution industrielle, avec succès. Le système a fait ses preuves.
Ce n'est pas par hasard que notre système monétaire est basé sur l'inflation éternelle et notre économie sur la croissance éternelle. Quelques banquiers habiles ont conçu le système de cette façon au début du siècle dernier. [30] L'intérêt et l'inflation formeraient un revenu permanent pour des banques, comme contrepartie du simple tour de passe-passe de faire sortir de l’argent de leur chapeau. Les prêts mèneraient à davantage d’activité économique. Les gouvernements et la population viendraient quémander toujours plus de prêts. Cela se mariait parfaitement aux développements de l’âge industriel. La mécanisation, l’exploitation des mines, l’agriculture intensive, les ressources coloniales, la production à grande échelle, la concurrence entre nations, les guerres et les reconstructions, la croissance explosive des populations, les travailleurs étrangers, les femmes au travail, le développement du secteur des services, le boum de l’informatique, tout menait à une croissance économique. La croissance économique était synonyme de prospérité. Aujourd'hui, en Europe de l'Ouest, nous parlons toujours en termes de croissance économique. Cependant, en raison de l'aplanissement de la croissance de la population, cela ne peut plus être obtenue qu’en augmentant la pression sur chaque employé. Les routes de la croissance économique et de la prospérité se séparent.
L'inflation agit comme une carotte devant le nez de l’âne. Tout le monde commence à courir plus vite pour obtenir une part de l'argent supplémentaire mis en circulation. Et tout en courant, personne n'échappe au paiement pour l'usage de l'argent. Grâce à l'inflation tout le monde participe au paiement des intérêts aux banques. Et si, en courant tous plus vite, nous augmentons notre richesse, nous pouvons être presque certains que les intérêts seront augmentés. En jargon bancaire ont dit alors que l'économie est surchauffée et doit être ralentie. Jusqu'à ce que nous devrons courir plus vite de nouveau.

Expansion mondiale

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Entretemps, les banques se sont faites remarquer. Avec leur tour de magie elles ont conquis le monde. Partout les banques ont pris le pouvoir sur l'argent et obligent les populations à payer de l'intérêt et de l'inflation. Partout, excepté en Chine, les banques centrales ont obtenu des lois spéciales, pour diriger - indépendamment de la volonté du gouvernement local - le niveau des intérêts et de l'inflation. Après l’Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord d'autres pays développent actuellement leur économie. Pour les banques cela veut dire de nouveaux gouvernements et populations, qui veulent obtenir de l'argent du chapeau.
En fait cela ne fait pas beaucoup de différence que les banques centrales soient des banques d'État ou privées. Presque partout, elles ont obtenu un statut spécial, qui leur accorde un haut niveau d'indépendance par rapport au gouvernement local. Ensemble avec les banques commerciales, elles déterminent combien de prêts sont émis, de combien d’argent dispose la société et combien doit payer la population.

9- Encore plus de croissance ou une société durable ?

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La politique de la plupart des banques centrales se fonde sur la croissance permanente de la masse monétaire. En Europe de l'ouest et en Amérique du Nord cette croissance de l'argent accompagnait la croissance de l'économie et la croissance de la population. Entretemps le monde a beaucoup changé. L'expansion explosive de la population et l'expansion de l'activité économique ont énormément augmenté la pression sur l'environnement. Les régions fertiles ont été envahies par les humains. Les forêts sont changées en terre agricole et en villes. De nombreuses espèces ont été exterminées. La majeure partie des poissons des océans et des mers a été pillée. Par la croissance rapide de la population mondiale, la pollution des sols, de l'eau et de l'air augmente toujours. Dans de nombreux endroits il y a pénurie de nourriture et d'eau potable. Le climat change. Les prévisions indiquent qu’avec les tendances actuelles la population mondiale continuera à se développer rapidement et même doublera encore. Les lignes du graphique ont été tracées comme si c'était possible…

Limites à la croissance

La terre ne grandit pas ensemble avec nos populations et nos économies. Pour la première fois dans l'histoire humaine nous rencontrons les limites. Bien entendu nous ne savons pas quoi faire. L'église et l'État ont toujours prêché la croissance. Les banquiers aussi aiment la croissance. Des limites à la population mondiale? Personne au pouvoir n'ose se brûler les doigts à ce sujet.
Où est cette limite? Cela dépend de ce que nous voulons comme humanité. Si nous voulons atteindre la qualité de vie la plus élevée possible - pour nos enfants et nos petits-enfants -, nous ne devrions pas charger la terre davantage que strictement nécessaire. Nous devrions essayer d'évoluer vers une population plus petite. Cela éliminerait aussi la raison principale des conflits et des guerres.
La politique d'aujourd'hui est complètement opposée aux besoins d'une société pacifique et durable. Le système monétaire joue un rôle primordial. Des réformes sont nécessaires. Plus nous attendons, plus ce sera difficile dans l'avenir.

Notes et références

[1] http://www.mw.ua/2000/2020/52764
[2] « … la valeur de référence (4,5%) de la croissance du M3 sur une base annuelle. Cette valeur de référence pour la croissance monétaire est basée sur une croissance économique potentielle de 2,0% à 2,5%, sur une inflation de moins de 2,0% à moyen terme et sur un déclin de 0,5% à 1,0% par an de la vitesse de l'argent à longue durée. »
http://www.dnb.nl/dnb/home/file/ar03_tcm47-146939.pdf
[3] « en 2003, la masse monétaire (M3) dans la zone euro s'est développée à un taux de 8,0%, bien au-dessus de la valeur de référence officielle de 4,5%. »
http://www.dnb.nl/dnb/home/file/ar03_tcm47-146939.pdf
[4] http://bigpicture.typepad.com/comments/2005/09/the_history_of_.html
[5] http://www.goldandsilverexchange.info/consumer-price-index.html
[6] http://www.cbs.nl/en-GB/menu/themas/prijzen/publicaties/artikelen/archief/2005/consumer-price-index-art.htm
[7] http://www.cbs.nl/NR/rdonlyres/AB3F1E9D-EFED-4FD9-9393-E59F762D5C9B/0/2007gevoelsinflatieart.pdf
[8] http://www.tutor2u.net/economics/revision-notes/a2-macro-causes-of-inflation.html
[9] http://www.britannica.com/eb/article-3512/inflation
[10] http://www.dnb.nl/dnb/home/rente_en_inflatie/algemeen/nl/46-150027.html
[11] «La stabilité des prix est définie comme une augmentation annuelle de moins de 2% de l'Indice Harmonisé des Prix à la Consommation (HICP) pour la zone euro. »
http://www.ecb.int/mopo/strategy/pricestab/html/index.en.html
[12] http://www.dnb.nl/dnb/home/rente_en_inflatie/algemeen/nl/46-150027.html
[13] http://www.cbc.ca/news/background/economy
[14] http://www.bis.org/speeches/sp050218.htm
[15] http://financial-dictionary.thefreedictionary.com/facility
[16] http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/6938425.stm
[17] http://www.house.gov/jec/fed/05-19-03.pdf
[18] L’avantage réel dépend de chaque programme d'amortissement de prêt spécifique. Ça vaut la peine de comparer.
[19] Le pétrole irakien en euros :
http://www.un.org/Depts/oip/background/oilexports.html
[20] Alerte du FMI sur l’effondrement du dollar :
http://news.bbc.co.uk/1/hi/business/2097064.stm
[21] Le « Downing Street Memo » :
http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article387374.ece
[22] Cheney :
http://english.aljazeera.net/News/archive/archive?ArchiveId=2480
[23] Comment le dollar peut-il s'effondrer en Iran ?
http://www.raisethehammer.org/index.asp?id=252 (voir l'Irak)
[24] « Coût, méfaits et dangers du dollar. »
http://www.courtfool.info/fr_Couts_mefaits_dangers_du_dollar.htm
[25] « Hold-up sur le marché des combustibles nucléaires. »
http://www.courtfool.info/fr_Hold_up_sur_le_marche_des_combustibles_nucleaires.htm
[26] http://www.cadtm.org/spip.php?article2211
[27] http://www.aidc.org.za/?q=book/view/40
[28] http://news.xinhuanet.com/english/2007-05/11/content_6083732.htm
[29] http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?xml=/money/2007/08/07/bcnchina107a.xml
[30] G. Edward Griffin, The Creature of Jekyll Island
Septembre, 2007
Pour des particularités de la banque centrale US, la Réserve Fédérale : « Meet the system » MeetTheSystem.org
L'auteur peut être contacté via www.courtfool.info.
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