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mardi 16 août 2011

Un fichier de reconnaissance faciale bientôt créé

Par Jean-Marc Leclerc
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Il permettra, grâce à l'utilisation des images de vidéosurveillance, d'identifier les suspects grâce à leur visage. Ce fichier policier s'ajoutera à ceux des empreintes digitales et génétiques. 
L'ordinateur procédera par comparaison de points caractéristiques du visage et proposera une liste de possibles suspects classés selon un ordre de pertinence.
L'ordinateur procédera par comparaison de points caractéristiques du visage et proposera une liste de possibles suspects classés selon un ordre de pertinence.Crédits photo : Gerry Broome/AP
Imaginez une scène à la Minority Report, ce film américain d'anticipation avec Tom Cruise. Les caméras de police seraient capables d'identifier un suspect au passage d'un portique, des ordinateurs comparant, en un éclair, l'image de son visage saisie sur le vif avec celles contenues dans le grand fichier des personnes photographiées lors de leurs gardes à vue, par exemple. Et les yeux électroniques ne le lâcheraient plus, jusqu'à son interpellation.
Vous croyez ce monde réservé aux scénaristes de Hollywood? Au ministère de l'Intérieur, il est déjà en préparation. Et ce sont les autorités elles-mêmes qui le disent. «Il faut améliorer la police technique et scientifique et l'on se dirige vers la création d'un troisième fichier de reconnaissance faciale, qui pourrait servir à l'exploitation des données de vidéosurveillance», a déclaré, le 22 juin dernier, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, lors d'une audition à huis clos devant la commission des finances de l'Assemblée nationale.

Validation par l'enquêteur 

Les deux autres fichiers auxquels il fait implicitement référence sont le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) et le fichier national d'analyse des empreintes génétiques (FNAEG). Deux bases de données qui firent débat, en leur temps, avant d'entrer dans les mœurs judiciaires, tant leur apport s'est révélé décisif pour élucider les crimes et délits. Ce «troisième fichier» donc, sorte de «fichier photographique national», devrait émerger dans quelques mois. Il serait conçu comme une application complémentaire, intégrée au futur système de traitement des procédures judiciaires (TPJ), autrefois baptisé «Ariane», qui doit voir le jour en 2012, en fusionnant les fichiers judiciaires antécédents les plus utilisés par la police et la gendarmerie, Stic et Judex. Derrière ces acronymes se joue l'efficacité des enquêtes, c'est-à-dire la capacité des forces de l'ordre à mettre un nom sur un fait. Quitte à identifier l'auteur désormais par sa photo.

Cliquez sur l'aperçu pour agrandir l'infographie.
Contactée par Le Figaro, la DGPN apporte toutefois cette précision sémantique: «On ne parlera sans doute pas de reconnaissance faciale, mais plutôt de comparaison physionomique.» Pourquoi ? Parce ce que l'ordinateur ne livrera pas sur un plateau un suspect et un seul. Comme pour l'exploitation des empreintes digitales, il procédera par comparaison de points caractéristiques du visage (distance entre le nez, les yeux, les oreilles…), proposant in fine une liste de possibles suspects classés selon un ordre de pertinence.

Photographier autrement

Tel individu déjà photographié en garde à vue aura tel pourcentage de points communs avec la personne faisant l'objet d'un contrôle. Le sujet suivant dans la liste aura un rang inférieur en raison de son taux de similitude moins élevé. «Mais c'est l'enquêteur qui toujours validera», assure un haut gradé de la gendarmerie, elle aussi intéressée par cette technologie.
Demain, pour enrichir leur superfichier photographique, la police et la gendarmerie vont sans doute changer leur façon de photographier les gardés à vue. Pour faciliter les comparaisons avec les images prises d'en haut par les caméras de surveillance, on demandera au suspect auditionné de se laisser photographier par un appareil placé en hauteur et non plus seulement de face et de profil.
La séance photo pourra même se faire en mouvement, pour une reconstitution du visage en 3D, qui limite les risques d'erreur. Faut-il avoir peur de la reconnaissance faciale? Elle est déjà entrée dans la vie des internautes. Une telle fonction est désormais intégrée à Facebook pour identifier ses «amis».
Par ailleurs, une partie de la police américaine devrait être équipée d'une application iPhone permettant d'identifier un suspect par comparaison photo instantanée, au gré de ses patrouilles. La police tricolore n'en demande pas tant. Mais elle aimerait, au moins, comme le dit un commissaire, «avoir accès aux mêmes technologies que le simple citoyen».





Une technologie strictement encadrée 

Avant même de songer à faire de la reconnaissance faciale en temps réel, les autorités peuvent déjà exploiter les milliers d'heures de vidéos annexées à leurs dossiers non élucidés. Toutes ces images où l'on voit parfois distinctement des voyous frapper, voler, violer. Elles seront d'autant plus fréquentes que les caméras vont se multiplier en ville: l'installation d'un millier d'entre elles est ainsi prévue sur la voie publique à Paris d'ici à 2012 ainsi qu'à Marseille.
Ces voyous anonymes ont peut-être déjà été identifiés lors d'une garde à vue antérieure. Leur photo peut alors figurer dans le fichier Canonge, qui contient les traditionnels clichés de face et de profil que l'on présente aux victimes pour les aider à reconnaître leur agresseur. Jusqu'alors, pour s'en assurer, il fallait réaliser une requête manuelle, selon des critères subjectifs (taille apparente, type morpho-ethnique, couleur de peau, de cheveux, etc.), en puisant dans le fichier Canonge. Or, celui-ci se composant d'une multitude d'albums photos numériques mis à jour au niveau local et non reliés entre eux au plan national, l'opération revient parfois à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mais en brassant tous ces éléments photographiques avec de puissants ordinateurs, la recherche passerait du stade artisanal à la puissance de calcul industrielle. Et selon des critères plus scientifiques. Le secret de cette méthode est en effet mathématique. Le visage est cartographié, puis transformé en algorithme. Ce qui lui donne, en quelque sorte, une signature, que l'on peut donc comparer à celles des autres visages contenus dans le grand fichier photographique de la police.

Trois sociétés en concurrence 

Bien sûr, les résultats obtenus peuvent être altérés par une mauvaise prise de vue, une ombre, un défaut de lumière. La personne peut aussi avoir grossi, s'être grimée ou avoir un jumeau… Mais les autorités assurent que des logiciels performants corrigent désormais ces défauts.
Ils recomposent le visage en partie caché, par un chapeau, par exemple, et se concentrent sur les points distinctifs exploitables. Trois sociétés notamment ont proposé des solutions au ministère de l'Intérieur: Morpho, spécialiste des traitements d'images de masse ; Cognitec, passée maître dans les outils visant à détecter les fraudes documentaires ; et la petite entreprise Facing it, dont les logiciels se font fort de reconnaître un intrus «blacklisté» qui se présenterait à un accès ou dans un couloir. La Place Beauvau n'a pas encore arrêté ses choix. Et elle devra se plier aux recommandations de la Cnil, qu'elle vient de saisir du dossier.
En tout état de cause, la méthode devra être strictement encadrée, sans jamais déresponsabiliser l'enquêteur. «Pour la reconnaissance en temps réel d'images vidéo, les marges d'erreur sont encore importantes», avoue un policier.
Détecter un Ben Laden dans une foule n'est pas chose aisée. Mais dans un aéroport, canalisé dans un sas, le public observé échappera plus difficilement au regard inquisiteur des caméras de vidéosurveillance.

vendredi 24 septembre 2010

La présidente de la CPD de l'Hadopi est une "sage" de la vidéosurveillance


source numerama
Présidente de la commission de protection des droits chargée de donner les ordres d'avertissement des internautes au sein de l'Hadopi, la Conseillère d'Etat Mirelle Imbert-Quaretta est aussi membre d'un comité d'éthique très contesté sur la vidéosurveillance à Paris.

Le blog Numéro Lambda raconte ce jeudi qu'un jeu de piste a été organisé le 11 septembre dans les rues de Paris par l'organisation "Souriez", qui a voulu "découvrir les futures caméras de surveillance de la capitale" et se rendre sur les pas des onze membres du "Comité d'éthique de la vidéosurveillance" créée par la mairie de Paris et la préfecture le 12 novembre 2009. Parmi eux figure Mireille Imbert-Quaretta, qui fut par la suite nommée présidente de la Commission de Protection des Droits de l'Hadopi. Souriez rappelle sa carrière teintée de missions relatives à la sûreté et à la surveillance :
Conseillère d’État depuis 2000, Mireille Imbert-Quaretta a d’abord fait carrière dans le Droit (substitut du procureur, juge puis présidente de TGI). Entre 1984 et 1991, elle fut sous-directrice de l’administration pénitentiaire puis, de 1997 à 2000, directrice adjointe du cabinet de la Garde des Seaux. De 1994 à 1997, elle a été déléguée générale de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (un organisme chargé du contrôle du “bien fondé” des demandes administratives d’écoutes téléphoniques) et, en 2010, elle est nommée à la Commission de la protection des droits chargée de mettre en œuvre la riposte graduée de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi).
Numéro Lambda, qui constate qu'aucun membre de la société civile ou d'organisations non gouvernementales  figure au comité d'éthique, suggère que la présence de Mme Imbert-Quaretta participe à verrouiller le débat public sur la question de la vidéosurveillance. Comme la présence de magistrats au sein de la Commission de Protection des Droits de l'Hadopi vise à légitimer son action, quand bien même le processus de la riposte graduée est en grande partie automatisé et incontrôlé.
Mais comme Mme Imbert-Quaretta est une juriste hors-pair, elle a sans doute remarqué que les nouvelles caméras installées en catimini à Paris, cet été, sont tout simplement illégales, comme l’a constaté le CDL. La loi, ainsi que la « Charte » parisienne qu’est censée connaître par coeur Imbert-Quaretta, précisent en effet que ces prothèses oculaires électroniques doivent faire l’objet d’une «information claire et permanente» (selon un décret de 1996, ignoré tout aussi superbement par la RATP).

La loi est bien faite pour tout le monde, non? Allez Mireille, encore un effort!
La présidente de l'Hadopi Marie-Françoise Marais avait elle-mêmee été épinglée, notamment par l'excellent journaliste Jean-Marc Manach, qui avait retracé son action dans la protection des droits d'auteur. "L’affaire Estelle Halliday, qui déboucha sur la fermeture d’Altern.org, pionnier des défenseurs de la liberté d’expression sur le Net, et ses 45 000 sites web ? Marie-Françoise Marais. L’affaire Mulholland Drive, qui statua, par deux fois, que la copie privée n’était pas un droit ? Marie-Françoise Marais. Peu connue du grand public, cette magistrate spécialiste du droit de la propriété intellectuelle a longtemps combattu les droits et libertés des internautes. Mais paradoxalement, sa nomination à la présidence de la Hadopi pourrait être une bonne nouvelle", écrivait-il en introduction.
Pourquoi une bonne nouvelle ? Parce que la prévention du conflit d'intérêt lui interdit désormais de juger les affaires liées à Internet à la Cour de cassation, et que Jean-Marc Manach y voit une neutralisation de son pouvoir de nuisance.